PROLOGUE
APOLLON
Vous vous plaignez à tort d’un trop pénible emploi. S’il vous fallait donc, coin nu* moi,
Éclairer la machine ronde.
Rendre la nature féconde.
Mener quatre chevaux quinteux.
Risquer de tomber avec eux ,
Et de faire un bûcher du monde;
Dans ce métier pénible et dangereux ,
Vous auriez sujet de vous plaindre.
Depuis que l'univers est sorti du chaos,
Ai-je encor trouvé, moi, quelque jour de repos?
Quoi qu’il en soit , parlons sans feindre ;
A vous servir je serai diligent.
Le seigneur Jupiter, dont vous êtes l’agent ,
Honnête ou non , c’est dont fort peu je m’embarrasse , Pour goûter des plaisirs nouveaux,
A quelque nymphe du Parnasse Voudrait-il en dire deux mots?
MERCURE
Vos Muses, ailleurs destinées ,
Sont pour lui par trop suranuées :
Depuis trois ou quatre mille ans,
Tous vos faiseurs de vers, mal avec la fortune.
En ont tous épousé quelqu’une.
11 faut à Jupiter des morceaux plus friands :
La qualité n’est pas ce qui plus l’inquiète;
Une bergère , une griselte ,
Lui fait souvent courir les champs.
APOLLON
Que dit à cela son épouse?
MERCURE
Elle suit les transports de son humeur jalouse;
Mais le bon Jupiter ne s’en étonne pas :
Et là-haut, c’est comme ici-bas;
Quand un époux a fait quelque intrigue nouvelle,
La femme a beau crier, le mari va son train.
Quand la dame , en revanche , a formé le dessein De se dédommager d’un époux infidèle ,
Et qu’un galant se rend patron De la femme et de la maison ,
âW
LES MÉNECHMES
L'époux a beau gronder, taire le ridicule.
Il faut qu’il en passe par là,
Et qu’il avale la pilule,
Ainsi que Vulcain l'avala.
APOLLON
Quelle est donc la raison nouvelle Qui près d’Apollon vous appelle P
MERCURE
Je vais vous le dire ; écoulez :
Vous savez qu’au ciel et sur terre On me donne cent qualités.
Je suis l’agent du dieu qui lance le tonnerre ;
Je conduis les morts aux enfeis;
Mon pouvoir s’étend sur les mers.
Je suis le dieu de l’éloquence.
Ma planète préside aux fous.
Aux marchands ainsi qu’aux tiloux :
Fort petite est la différence.
Je donne aux chimistes la loi.
l)cs pâles médecins la cohorte assassine M'appelle , suivant mon emploi ,
Le furet de la médecine :
Heureux qui se passe de moi !
APOLLON
Entre tant de métiers mis dans votre apanage , Qui pourraient fatiguer quatre dieux comme vous C’est celui de porter, je crois , les billets doux Qui vous occupe davantage.
MERCURE
Mon crédit est tombé , je suis de bonne foi. Chacun, depuis un temps , de ce métier se pique Et tant d’honnêtes gens exercent mon emploi. Que je leur laisse ma pratique ;
Ils y sont presque tous aussi savants que moi.
APOLLON
Vous avez trop de modestie.
Mais venons donc au fait dont il est question.
MERCURE
Les spectacles, la comédie,
Mc donnent, à Paris , quelque occupation j Je les ai pris sous ma protection.