ACTE 1, SCÈNE II
Qui vous consoleront d’avoir perdu les vôtres.
a LE chevalier , prenant les lettres.
Sais-tu que les railleurs et les mauvais plaisants D’ordinaire avec moi passent fort mal leur temps ?
( Le chevalier lit les lettres. )
VALENTIN
Mon dessein n’était pas de vous mettre en colère.
Mais, sans perdre de temps, faisons notre inventaire.
( Il examine les hardes de la valise , et tire un sac de procès. ) Ce meuble de chicane appartient sûrement A quelque homme de Maine, ou quelque bas Normand.
. ( Il tire un habit de campagne.)
L’habit est vraiment leste , et des plus à la mode.
Pour un surtout de chasse il me sera commode.
LE CHEVALIER
O ciel !
VALENTIN
Quel est l’excès de cet étonnement ?
L’aventure ne peut se comprendre aisément.
VALENTIN
Qu'avez-vous donc, monsieur? Est-ce quelque vertige Qui vous monte à la tète?
LE CHEVALIER
Elle tient du prodige;
Tu ne la croiras pas quand je te la dirai.
VALENTIN
Si vous ne mentez pas, monsieur, je vous croirai.
LE CnEVAUER.
Je suis né , tu le sais, assez près de Péronne,
D’un sang dont la valeur ne le cède à personne.
Tu sais qu’ayant perdu père, mère , et parents ,
Et demeurant sans bien dès mes plus tendres ans,
Las de passer mes jours dans le fond d’une terre ,
Je suivis à quinze ans le métier de la guerre.
Un frère seul resta de toute la maison ,
Avec un oncle avare, et riche, disait-on.
En dilférents pays j’ai brusqué la fortune ,
Sans que l’on ait de moi reçu nouvelle aucune ;
Et je sais , par des gens qui m’en ont fait rapport ,
Que depuis très-longtemps mon frère me croit mort