ACTE I, SCÈNE II
Comme moi , sa valise au coche aura fait mettre ;
Et , dans le même temps , ce rapport de grandeur,
De cachet et de nom , a causé ton erreur :
Et je conclus enfin, sans être fort habile,
Que mon frère est déjà peut-être en cette ville.
VALENTIN
Cela pourrait bien être ; et je suis stupéfait Des effets surprenants que le hasard a fait.
Il faut que justement je fasse une méprise,
Et que notre bonheur vieune de ma sottise.
Nous trouvons en un jour uû vieil oncle enterré,
Qui laisse de grands biens dont il vous a frustré :
Un frère qui reçoit tous ces biens qu’on lui laisse,
Et qui vient enlever encor votre maitresse.
Voilà tout à la fois cinq ou six incidents Capables d’étourdir les plus habiles gens.
LE CHEVALIER
Nous ferons tête à tout ; et de cette aventure Je conçois dans mou cœur un favorable augure.
' VALENTIN
Soixante mille écus nous feraient grand besoin.
LE CHEVALIER
Il faut , pour les avoir , employer notre soin.
Us sont à moi , du moins , tout autant qu’à mon frère ; Mais il faut déterrer le frère et le notaire.
Va, cours, informe-toi; ne perds pas un moment.
Vous connaissez mon zèle et mon empressement ;
Et s’il est à Paris, j’ai des amis fidèles.
Qui, dans une heure au plus, m’en diront des nouvelles.
LE CHEVALIER
Je vais chez Aramiute , elle sait mon retour ;
Il faudra feindre encor que je brûle d’amour.
Elle n’a nul soupçon de ma nouvelle flamme.
Tu sais le caractère et l’esprit de la dame :
Elle est vieille , et jalouse à désoler les gens ;
Ses airs et ses discours sont tous impertinents;
Enfin c’est uné folle , et qui veut qu’on la flatte : Quoiqu’un rayon d’espoir pour mon amour éclate, Incertain du succès , je la veux ménager.
Retourne à la douane , au coche , au messager.
Î96 LES MÉNECIIMES.
Mais Araminte sort. Va vite où je t’envoie...
(Vatcnliu emporte la malle, et «art.)