‹ Theatre de Regnard (volume 2)Chapitre 371 sur 434 · ACTE III, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VIII

Qui m’ont fait un récit de vous , et que je croi ,

Que vous étiez un homme atteint de plus d’un vice ,

Un ivrogne, un joueur...

ÉRA.6TE.

Comment donc ? Quel caprice !

CRISPIN

Qui hantiez certains lieux et le jour et la nuit ,

Où l’honnêteté souffre et la pudeur gémit.

CÉRONTE.

Est-ce à moi , s’il vous plaît, que ce discours s’adresse ? CRisriN.

Oui , mon oncle, à vous-même. A-t-il rien qui vous blesse , Puisqu’il est copié d’après la vérité ? k .

CÉRONTE , à part.

Je ne sais où j’en suis,

CRISPIN

On m’a même ajouté

Que, depuis très-longtemps, avec mademoiselle ,

Vous meniez une vie indigne et criminelle ,

Et que vous en aviez déjà plusieurs enfants.

LISETTE

Avec moi, juste ciel! Voyez les médisants!

De quoi se mêlent-ils ? Est-ce là leuj: affaire ?

CÉRONTE.

Je ne sais qui retient l’effet de ma colère.

CRISPIN

Ainsi , sur le rapport de mille honnêtes gens ,

Nous avons fait , monsieur, assembler vos parents ;

Et pour vous empêcher, dans ce désordre extrême,

De manger notre bien et vous perdre vous-même,

Nous avons résolu , d une commune voix ,

De vous faire interdire , en observant les lois.

Moi me faire interdire 1

LISETTE

Ah ciel ! quelle famille !

CRISPIN

Nous savons votre vie avecque cette fille,

Et voulons empêcher qu’il ne vous soit permis De faire un mariage un jour in extremis.

CÉRONTE, se levant.

■* Sortez d’ici, madame , et que de votre via

LE LÉGATAIRE UNIVERSEL

D’y remettre le pied il ne vous prenne envie !

Sortez d’ici, vous dis-je, et sans vous arrêter...

CRISPIN

Comment! battre une veuve et la violenter!

Au secours! aux voisins! au meurtre ! on m’assassine 1

6ÉR0NTE.

Voilà ,-je vous avoue , une grande coquine.

Quoi ! contre votre sang vous osez blasphémer Cela peut bien aller à vous faire enfermer.

LISETTE

Faire enfermer monsieur !

CRISPIN

Ne faites point la fière ,

On peut aussi vous mettre à la Salpétrière.

LISETTE

A la Salpêtrière !

CRISPIN

Oui , m’amie , et sans bruit.

De vos déportements ou n’est que trop instruit.

ÉRASTE

U faut développer le fond de ce mystère.

Que l’on m’aille à l’instant chercher un commissaire .

CRISPIN

Un commissaire à moi ! Suis-je donc , s’il vous plaît , Gibier à commissaire ?

ÉRASTE

On verra ce que c’est;

Et dans peu nous saurons, avec un tel tumulte,

Si l’on vient chez les gens ainsi leur faire insulte. Vous, mon oncle , rentrez dans votre appartement ; Je vous rendrai raison de tout dans un moment.

Ouf! ce jour-ci sera le dernier de ma vie.

LISETTE , à Crispin.

Misérable ! tu mets un oncle à l’agonie !

La mauvaise famille et du Maine et de Caen!

Oui, tous ces parents-là méritent le carcan.

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