ÉRASTE, CRIS PIN, LISETTE
LISETTE
Al» ! monsieur , apprenez un accident terrible : .
Monsieur Géronte est mort.
ÉRASTE
. Ah ! ciel ! est-il possible ?
CRISPIN
Quoi ! l'oncle de monsieur serait défunt ?
LISETTE
Hélas!
11 ne vaut guère mieux , tant le pauvre homme est bas. Arrivant dans sa chambre et se traînant à peine,
11 s'est mis sur son lit sans force et sans baleine;
Et , raidissant les bras, la suffocation A tout d’un coup coupé la respiration ;
Enfin il est tombé, malgré mon assistance,
Sans voix , sans sentiment , sans pouls, sans connaissance.
ÉRASTE
Je suis au désespoir. C’est ce dernier transport Où tu l’as mis, Crispin, qui causera sa mort.
CRISPIN
Moi , monsieur ! De sa mort je ne suis point la cause ;
El le défunt , tout franc, a fort mal pris la chose.
Pourquoi se saisit-il si fort pour des discours ?
J’en voulais à son bien , et non pas à ses jours.
ÉRASTE
Ne désespérons point encore de sa vie ;
Il tombe assez souvent dans une léthargie Qui ressemble au trépas, et nous alarme fort.
LISETTE
Ah ! monsieur , pour le coup , il est à moitié mort ;
Et moi , qui m’y connais , je dis qu’il faut qu’il meure,
Et qu’il ne peut jamais aller encore une heure.
ÉRASTE
Ah ! juste ciel ! Crispin , quel triste événement !
Mon oncle mourra donc sans faire un testament;
Et je serai frustré , par cette mort cruelle ,
De l’espoir d’obtenir la charmante Isabelle !