A M. QUINAULT
Favori des neuf Sœurs , toi que l’Amour fit naître Pour être en l’art d’aimer et le guide et le maître.
Et dont les vers galants , libres et pleins d’attraits , Fournissent à ce dieu les plus sûrs de ses traits ;
Toi qui connais si bien le cœur et la tendresse; Quinxult, souffre aujourd'hui qu’à toi seul je m’adresse Pour châtier des vers, enfants d’un noble feu Qui n’avait d’Apollon peut-être aucun aveu :
Juge juste et sévère , ajoute, change , efface ;
Viens des vers trop pompeux humilier l’audace ;
Fais à de languissants prendre un plus noble essor ;
Sous tes critiques mains tout va devenir or.
Si mon faible travail s’attire quelque gloire ,
Je te la devrai plus qu’aux Filles de mémoire;
POESIES DIVERSES
El pour élève enfin si tu veux m’avouer,
C’est par cet endroit seul qu’il faudra me louer :
Car enfin , de les traits admirateur fidèle ,
Où trouverai-je ailleurs un plus parfait modèle ,
Soit que ma muse un jour donne à Lulli des vers , Soupire d’un cœur tendre et digne de ses airs ;
Soit que je veuille encor , d’une plus forte haleine , Pour le cothurne altier faire couler ma veine ;
On , qu’un plus noble feu m’emportant vers les deux , Je chante d'un héros les exploits glorieux ?
En effet, qui sait mieux dans les plus froides âmes Allumer les brasiers des amoureuses flammes?
On dirait que l’Amour t’a remis son carquois,
Qu’il frappe par tes coups et touche par ta voix.
Si lu chantes Louis que l’univers révère,
Tu cesses d’ètre Ovide , et prends le ton d’Homère. Quelle gloire pour toi , que tes illustres vers Ayent donné matière à ces nobles concerts Qui vont porter son nom du midi jusqu’à l’Ourse,
Et du couchant aux lieux où le jour prend sa source!
A l’ombre de ce nom, cher Qoihault, ne crains pas D’étre soumis aux lois d'un injuste trépas :
A l’injure des ans ta gloire est arrachée,
Puisqu'elle est pour jamais à Louis attachée.
Heureux, si , comme toi , plein de divins transports ,
Je lui pouvais un jour consacrer mes efforts I Mais faible et vain désir! quelle muse assez fière Osera maintenant entrer dans la carrière ?
Camplstron m’apprend trop, dans de pareils combats. Les dangers que l’on court eu marchant sur ses pas.
Je repousse bien loin de flatteuses amorces,
Et sais mieux mesurer mes desseins à mes forces.
Que d’autres, plus hardis, daus ces nobles travaux , S'efforcent d’imiter Racine et Despréaux ;
Mais moi, je n’irai point, trop altéré de gloire ,
Honorer le triomphe acquis à leur victoire :
Content de t’admirer dans un vol glorieux ,
Je te suivrai , Quinaült, et du cœur et des yeux.
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