VJ
finis par où je devrais avoir commencé. Mais il vaut encore mieux en parler tard que d n’en rien dire du tout; et avant que d’en sortir, je vous en dirai ce que j’en sais.
On ne peut dire quel nom cette province a eu parmi les anciens géographes , puisqu’elle n’était pas connue, et que Tacite et Ptolomée ne connaissaient pas de province plus éloignée que la Serisinir , que nous appelons présentement Bothnie, ou Biarmie. x et qui s’étend à l’extrémité du golfe Bothnique. Ce que l’on sait aujourd’hui de la Laponie , c’est qu’elle se peut diviser en orientale et occidentale. Elle regarde l’occident du côté de l’Islande , et obéit au roi de Danemark. Elle est orient du côté qu’elle confine à la mer Blanche , où est le port d’Archangel ; et celle-là reconnaît le grand duc de Moscovie pour son souverain. Il faut ajouter une troisième , qui est au milieu des deux , et qui est beaucoup plus grande que toutes les deux autres ensemble ; et celle-là est sous la domination du roi de Suède, et se divise en cinq provinces différentes , qui ont toutes le nom de Laponie, et qu’on appelle Uma Lapmarrh, Pitha Lapmarrh, Lula Lapmarrh, Toruo Lap march, et Kiwi Lapmarrh. Elles prennent leurs noms des fleuves qui les arrosent, et ces mêmes fleuves le donnent encore aux villes où ils passent , si on peut donner ce nom à un amas de quelques maisons faites d’arbres.
La province de Torno Lapmarrh , qui est justement situéé au bout du golfe Bothnique , est la dernière du monde du côté du pôle arctique, et s’étend jusqu’au cap du Nord. Charles IX , roi de Suède , jaloux de connaître la vérité et l’étendue de ses terres, envoya , en différents temps de l’année 1000, deux illustres mathématiciens, l’un appelé Aaron Forsius, Suédois, et l'autre Jérôme Rirrhollo, Allemand de nation. Ces gens firent le voyage avec toutes les provisions et les instruments nécessaires , et avec un heureux succès; et rapportèrent , à leur retour, qu’ils n'avait trouvé aucun continent au septentrion au delà du soixante et treizième degré d’élévation ; mais une mer glaciale immense ; et que le dernier promontoire qui avançait dans l’Océan était ISurhus, ou Norhap, assez près du château Wurdhus , qui appartient aux Danois. C’est dans cette Laponie que nous avons voyagé, et que nous avons remonté le lleuvc qui l’arrose jusqu’à sA source.
Nous arrivâmes le lendemain à Jacomus Mastung , qui n’était
VOYAGE I)E LAPONIE
distant du lieu où nous avions couché que de deux lieues : nous en fîmes trois ou quatre à pied pour y arriver, et nous ne perdîmes pas nos pas. Il y a dans ce lieu une mine de fer Irès-boune , mais qui est abandonnée presque , à cause du grand éloignement. Nous y allions pour y voir travailler aux forges , où , ne voyant rien de ce que nous souhaitions, nous fûmes plus heureux que nous n’espérions l’ètre. Nous allâmes dans la mine, d’où nous Times tirer des pierres d’aimant tout à fait bonnes. Nous admirâmes avec bien du plaisir les effets surprenants de cette pierre , lorsqu’elle est encore dans le lieu natal. Il fallut faire beaucoup de violence pour en tirer des pierres aussi considérables que celles que nous voulions avoir; et le marteau dont on se servait, qui était de la grosseur de la cuisse , demeurait si lixe en tombant sur le ciseau qui était dans la pierre , que celui qui frappait avait besoin de secours pour le retirer. Je voulus éprouver cela moi- meme ; et ayant pris une grosse pince de fer, pareille à celles dont on se sert à remuer les corps les plus pesants, et que j’avais de la peine à soutenir, je l'approchai du ciseau qui l’attira avec une violence extrême , et la soutenait avec une force inconcevable. Je mis une boussole que j'avais , au milieu du trou où était la mine, et l’aiguille tournait, continuellement d'une vitesse incroyable. Nous primes les meilleures , et nous ne demeurâmes pas davantage en ce lieu. Nous allâmes retrouver nos barques , et vînmes coucher à Tuna llianda, chez un de nos bateliers, qui nous fit voir ses lettres d’exemption de taille qu’il avait du roi , pour avoir trouvé cette mine de fer. Ce paysan s’appelait Ims Larszon, /Muretilius à iMurentio.
Le lendemain dimanche nous fimes une .assez bonne journée , et arrivâmes le soir à Konges, où nous avions demeuré un jour en passant. Nous achetâmes là des traîneaux , et tout le harnais qui sert à atteler le renne. Ils nous coûtèrent un ducat la pièce. Nous ne partîmes le lundi que sur le midi , à cause que nous fûmes obligés d’attendre les barques qu’il faut aller quérir assez loin , et passer un long espace de chemin pour éviter les cataractes, qui sont extrêmement violentes en cet endroit. Nous couchâmes cette nuit-là à Pello, où nous eûmes le plaisir de voir, en arrivant, «ette pèche du brochet dont je vous ai déjà parlé , et qui me parut merveilleuse. -Il ne faut pas s’étonner si les habitants de ce pays cherchent tous les moyens possibles pour prendre du poisson :
VOYAGE DE LAPONIE
ils n’ont que cela pour subsister ; et la nature , qui donne bien souvent le remède aussitôt que le mal , refusant ses moissons à ces gens, leur donne des pêches plus abondantes qu’en aucun autre endroit. Nous vinmes le lendemain, 1*' de septembre, coucher chez le préfet des Lapons , Allemand de nation , dont j’ai déjà parlé; et le lendemain nous arrivâmes à Tomo , après avoir passé plus de quarante cataractes. Ces cataractes sont des chutes d’eau très-impétueuses , et qui font en tombant un bruit épouvantable. Il y en a quelques-unes qui durent l’espace de deux et trois lieues , et c’est un plaisir le plus grand du monde devoir descendre ces torrents avec une vitesse qui ne se peut concevoir, et foire trois ou quatre milles do Suède , qui valent douze lieues de France, en moins d’une heure. Plus la cataracte est forte , et plus il faut ramer avec vigueur pour soutenir sa barque contre les vagues : ce qui fait qu’étant poussé du torrent, et porté delà rame, vous faites un grand chemin en peu de temps.
Nous arrivâmes à Tomo le mardi , et nous y vinmes à la bonne heure , pour voir les cérémonies des obsèques de Joannes Tomœus , dont je vous ai parlé auparavant , qui était mort depuis deux mois. C’est la mode en Suède de garder les corps des défunts fort longtemps. Ce temps se mesure suivant la qualité des personnes ; et plus la condition du défunt est relevée, et plus aussi les funérailles sont reculées. On donne ce temps pour disposer toutes choses pour ces actions , qui sont les plus solennelles qui se fassent en ce pays : et si l’on dit que les Turcs dépensent leurs biens en noces, les Juifs en circoncisions, les chrétiens en procès, on pourrait ajouter, les Suédois en funérailles. En effet , j’admirai la grande dépense qui se fit pour un homme qui n’était pas autrement considérable , et dans un pays si barbare , et si éloigné du reste du monde. On n’eut pas plutôt appris notre arrivée, que le gendre du défunt travailla aussitôt à une harangue latine qu’il devait le lendemain prononcer devant nous, pour nous inviter aux obsèques de son beau-père. Il fut toute la nuit à y rêver , et oublia tout son discours lorsqu’il fut le matin devant nous. Si les révérences disent quelque chose , et sont les marques de l’éloquence , je puis assurer que notre harangueur surpassait le prince des orateurs ; mais je crois que scs inclinations servaient plus à cacher la confusion qui paraissait sur son visage , qu’à rendre son discours fleuri. Comme nous savions le sujet de sa venue, nous devinâmes qu’il venait
VOYAGE DE LAPONIE
pour nous prier d’assister à la cérémonie ; car nous n’en pûmes rien apprendre parsonxliscours : et quelque temps après, le bourgmestre de la ville , avec un officier qui était là en garnison , vinrent nous prendre dans la même chaloupe peur nous passer de l’autre côté de l’eau , et nous mener à la maiso%du défunt. Nous trouvâmes à notre arrivée toute la maison pleine de prêtres vêtus «le longs manteaux noirs , et de chapeaux qui semblaient , par la hauteur de leur forme , servir de colonnes à quelque poutre de la maison. Le corps du défunt, mis dans un cercueil couvert de drap, était au milieu d’eux. Ils l’arrosaient des larmes qui dégouttaient de leurs barbes humides, dont les poils séparés formaient différents eanaux , et distillaient cette triste humeur, qui servait d’eau bénite. Tous ces prêtres avaient quitté leurs paroisses , et étaient venus de fort loin. 11 y en avait quelques-uns éloignés de plus de cent lieues; et on nous assura que si cette cérémonie se fût faite l’hiver, pendant lequel temps les chemins en ces pays sont plus faciles , il n’y aurait eu aucun prêtre , à deux ou trois cents lieues à la ronde , qui ne s’y fût trouvé , tant ces sortes de cérémonies se font avec éclat. Le plus ancien de la compagnie fit une oraison funèbre à tous les assista ts ; et il fallait qu’il dit quelque chose de bien triste , puisqu’il s’en fallut peu que son air pitoyable ne nous excitât à pleurer nous-mêmes, qui n’entendions rien à ce qu’il disait. Les femmes étaient dans une petite chambre , séparées des hommes , qui gémissaient d’une manière épouvantable, et entre autres la femme du défunt , qui interrompait , par scs sanglots , le discours du prédicateur. Pendant que l’on prêchait dans cette salle, on en faisait autant dans l’église en finlandais; et quand les deux discours furent finis , on se mit en chemin pour conduire le corps à l’cglise. Sept ou huit bourgeois le chargèrent sur leurs épaules , et il n’y eut personne des plus apparents qui ne voulût y mettre la main ; èt je me souvins pour lors de ce que dit Virgile à l’entrée du cheval dans Troie , quand il dit qu’il u’y avait ni jeune ni vieux qui ne voulût aider à tirer cette machine dans leur ville : Funemque manu contingere gaudent. Nous suivions le corps comme les plus apparents , et ceux qui menaient le deuil ; et la veuve était ensuite, conduite par-dessous les bras de deux de scs filles : l’une s’attristait beaucoup , et l’autre ne paraissait pas émue. On mit le corps au milieu de l’église, en chantant quelques psaumes ; et les femmes, en passant près du défunt , se jetèrent sur le cercueil, et
VOYAGE DE LAPONIE
l’embrassèrent pour la dernière fois. Ce fut pour lors que commença la grande et principale oraison funèbre , récitée par Joannes Plantinus, prêtre d’Urna, qui eut une canne d’argent pour sa peine. Je ne puis pas dire s’il l’avait méritée ; mais je sais qu’il cria beaucoup , et que, pour rendre tous les objets plus tristes , il s’était même rendu hideux, en laissant ses cheveux sans ordre, et pleins de plusieurs bouts de paille qu’il n’avait pas eu le temps d’ôter. Cet homme dit toute la vie du défunt , dès le moment de sa naissance jusqu’au dernier soupir de sa vie. Il cita les lieux et les maîtres qu’il avait servis , les provinces qu’il avait vues , et n’oublia pas la moindre action de sa vie. C’est la mode en ce pays de faire une oraison funèbre aux laquais et aux servantes, pourvu qu’ils aient un écu pour payer l’orateur. Je me suis trouvé à Stockholm à l’enterrement d’une servante où la curiosité m’avait conduit. Celui qui faisait son oraison funèbre , après avoir cité le lieu de sa naissance et ses parents , s’étendit sur les perfections de la défunte, et exagéra beaucoup qu’elle savait parfaitement bien faire la cuisine , distribuant les parties de son discours en autant de ragoûts qu’elle savait faire ; et forma cette partie de son oraison, en disant qu’elle n’avait qu’un seul défaut, qui était de faire toujours trop salé ce qu’elle apprêtait , et qu’elle montrait par là l’amour qu’elle avait pour la prudence , dont le sel esl le symbole, et son peu d’attache aux biens de ce monde , qu’elle jetait en profusion. Vous voye* par là , monsieur , qu’il y a peu de gens qui ne puissent donner matière de faire à leur mort une oraison funèbre, et un beau champ à un orateur d’exercer son éloquence. Mais celui-ci avait une plus belle carrière. Joannes Tomteus était un homme savant ; il avait voyagé , et avait même été en France précepteur du comte Charles Oxenstiem. Quand l’oraison funèbre fut finie , on nous vint faire encore un compliment latin , pour demeurer au festin. Quoique nous n’entendissions pas davantage à ce second compliment qu’au premier , nous n’eûmes pas de peine à nous imaginer ce qu’il nous voulait dire : nos ventres ne nous disaient que trop ce que ce pouvait être ; et ils se plaignaient si haut qu’il était près de trois heures qu’ils n’avaient mangé , qu’il ne fut pas plus difficile à ces gens d’entendre leur langage qu’à nous le leur. On nous mena dans une grande salle , divisée en trois longues tables; et c’était le lieu d'honneur.
Il y eu avait cinq ou six autres encore plus pleines que celle-ci ,
VOYAGE DE LAPONIE
pour recevoir tous les gens qui s’y présentaient. Les préludes du repas furent de l’eau-de-vie de bière, et une autre liqueur qu’ils appellent calchat , faite avec de la bière , du vin , et du sucre , deux aussi méchantes boissons qui puissent entrer dans le corps humain. On servitensuitc les tables, et on nous fit asseoir au plus haut bout de la première table , avec les prêtres du premier ordre, tels qu’étaient le père prédicateur et autres. On commença le repas dans le silence , comme partout ailleurs , et comme le sujet le demandait : ce qui fit dire à Plantin , qui était à côté de moi , qu’ils appelaient les conviés Nelli. N signifie , Neque vox , neesermoegreditur exoreeorum; loquebantur variis Inujuis ; in omnem terram exivit sonus eorum. Toutes ces paroles étaient tirées de l’Écriture, et je ne crois pas qu’on les puisse mieux faire venir qu’à cet endroit ; car on ne peut se figurer une image plus vive des noces de Cana , que le tableau que nous en vîmes représenter devant nos yeux , plus beau et plus naturel que celui de Paul Véronèse. Les tables étaient couvertes de viandes particulières , et , si je l’ose dire , antiques ; car il y avait pour le moins huit jours qu elles étaient cuites. Des grands pots de différentes matières , faits la plupart comme ceux qu’on portait aux sacrifices anciens , paraient cette table , et faisaient par leur nombre une confusion semblable à celle que nous voyons aussi aux anciens banquets. Mais ce qui achevait cette peinture, c’était la mine vénérable de tous ces prêtres armés de barbe , et les habits finlandais de tous les conviés , qui sont aussi plaisants qu’on les puisse voir. Il y avait entre autres un petit vieillard avec de courts cheveux , une barbe épaise , et chauve sur le devant de la tête. Je ne croispas que l’idée la plus vive de quelque peintre que ce soit puisse mieux représenter la figure de saint Pierre. Cet homme avait une robe verte doublée de jaune, sans façon, et faisant l’effet d’une draperie , retroussée d’une ceinture. Je ne me lassai point de contempler cet homme , qui était le frère du défunt. Pendant que je m’arrêtais à considérer cet homme , les autres avaient des occupations plus importantes, ef buvaient en l’honneur du défunt, et à la prospérité de sa famille, d’une manière surprenante. Les prêtres, comme les meilleurs amis, buvaient le plus vigoureusement; et après avoir bu des santés particulières , on en vint aux rois et aux grands. On commença d’abord par lasanlédes belles filles, comme c’est la mode par toute la Suède , et de là on monta aux rois. Ces santés no se
VOYAGE DE LAPONIE. 601
boivent que dans des vases proportionnés par leur grandeur à la condition de ces personnes royales ; et pour m’exciter d’abord , on me porta la santé du roi de France , dans un pot qui surpassait autant tous les autres en hauteur, que ce grand prince surpasse les autres rois en puissance. C’eût été un crime de refuser cette santé. Je la bus , et vidai ce pot fort courageusement. Il n’y avait pas d’apparence, étant en Suède, d’avoir bu la santé du roi de France , et d’oublier celle du roi de Suède. On la but dans un vase qui n’était guère moins grand que l’autre ; et, après avoir fait suivre plusieurs santés à celle-ci , tout le monde se tut pour faire la prière. Il arriva malheureusement dans ce temps qu’un de notre compagnie dit un mot plaisant , et nous obligea à éclater de rire si longtemps , et d’une manière si haute , que toute l’assemblée , qui avait les yeux sur nous , en fut extrêmement scandalisée. Ce qui était de plus fâcheux , c’est que tout le monde avait été découvert pendant le repas à cause de nous, et qu’on avait emporté nos chapeaux , en sorte que nous n’avions rien pour cacher le ris dont nous n’étions pas les maîtres ; et plus nous nous efforcions à l’étouffer, et plus il éclatait. Cela fit que ces prêtres, croyant que nous nous moquions de leur religion , sortirent de la salle et n’y voulurent plus rentrer. Nous fumes avertis par un pet|t prêtre , qui était plus de nos amis que les autres , qu’ils avaient résolu de nous attaquer sur la religion. Nous évitâmes pourtant de parler avec eux sur cette matière , et nous les allâmes trouver dans un autre lieu où était passée l’assemblée pour fumer , tandis qu’on levait les tables. On apporta pour dessert des pipes et du tabac, et tous les prêtres burent et fumèrent jusqu’à ce qu’ils tombassent sous la table. Ce fut ainsi qu’on arrosa la tombe de Joannes Tornæus , et que la fête finit. Oiaüs Graan , gendre du défunt , se traîna le mieux qu’il put pour nous conduire à notre bateau, le pot à la main ; mais les jambes lui manquèrent : il s’en fallut peu qu'il ne tombât dans la rivière ; et , par nécessité , deux hommes le ramenèrent par-dessous les bras.
Nous croyions que toute la cérémonie fût terminée, quand nous vimes paraître le lendemain matin Oiaüs Graan, suivi de quelques autres prêtres , qui nous venait prier de nous trouver au lendemain. Je vous assure , monsieur , que cela me surprit : je n’avais jamais entendu parler de lendemain qu’aux noces , et je ne croyais pas qu’il en fût de même aux enterrements. Il fallut su
VOYAGE DE LAPONIE
résoudre à y aller une seconde, fois , et nous eûmes une conférence avec Olaùs Graan, pendant le bon intervalle qu'il souffrit entre l’ivresse passée et la future.
Cet Olaùs Graan , gendre du défuut , est prêtre de la province de Pitha , homme savant , ou se disant tel , géographe , chimiste, chirurgien, mathématicien , et sc piquant surtout de savoir la langue française, qu'il parlait comme vous pouvez juger par ce compliment qu’il nous lit : La grande ciel ( nous répéta-t-il plusieurs fois ) conserve vous et votre applicabilité tout le temps que vous verres vos gris cheveux. Ilnous montra deux médailles , l’une de la reine Christine, et l’autre était un sicle des Juifs, qui représente d'un côté la verge de Moïse , et de l’autre une coupe d’où sort une manière d’encens. Entre toutes les autres qualités, il prétendait avoir celle de posséder en perfection la pharmacie ; et pour nous le prouver , il tira de plusieurs poches quantité de ' boites de toutes grandeurs , de confortatifs , et assez pour lever une boutique d’apothicaire. Il me donna un morceau de testicule de castor, et m’assura qu’il tirait une huile admirable de la queue de cet animal , qui servait à toutes sortes de maladies. Quand notre conversation fut finie , on nous reconduisit où nous avions été le jour précédent , où chacun , pour faire honneur au défunt, but épouvantablement; et ceux qui purent s’en retournèrent chez eux.
Nous demeurâmes à Torno, à notre retour de Laponie, pendant huit jours. Le mercredi pt le jeudi se passèrent à l’enterrement. Le vendredi, samedi et dimanche, ne furent remarquables que par les visites continuelles que nous reçûmes, i où il fallait faire boire tout le monde. Le lundi , le bourgmestre nous donna à dîner ; et le mardi , à la pointe du jour , le vent s’étant mis à l’ouest, nous fîmes voile. Le vent demeura assez bon tout le reste du jour. La nuit, il fut moins violent ; mais le lendemain mercredi nous eûmes un calme. Le jeudi ne fut pas plus heureux , et nous demeurâmes immobiles comme des tours. Nous jetâmes plusieurs fois la sonde pour donner fond ; mais n’en trouvant aucun , il fallut faire notre route dans des appréhensions continuelles d’aller échouer en terre. Le vendredi , le brouillard étant dissipé , nous fîmes un peu de chemin à la faveur d’un vent est et nord-est , et passâmes les petites îles de Qnerken. Mais le lendemain , le vent s’étant fait contraire , nous fûmes obligés de retourner sur nos
VOYAGE DE LAPONIE