‹ Theatre de RegnardChapitre 36 sur 91 · SCÈNE Vlll · texte numérisé non relu

SCÈNE Vlll

GÉRONTE, CRISPlN,en veuve\ ÉRASTE, LISETTE.

CRISPIN

Fi donc I vous vous moquez ; je suis à faire peur.

Je n’avais autrefois que cela de grosseur :

Mais vous savez l’effet d’un fécond mariage,

Et ce que c’est d’avoir des enfants en bas âge ;

Gela gâte la taille, et furieusement.^

Vous passeriez encor pour fille assurément.

CRISPIN

J’ai fait du mariage une assez triste épreuve;

A vingt ans mon mari m’a laissé mère et veuve.

Vous vous doutez assez qu’après ce prompt trépaa.

Et faite comme on est, ayant quelques appas,

On aurait pu trouver à convoler de reste ;

Mais du pauvre défunt la mémoire funeste M’oblige à dévorer en secret mes ennuis.

J’ai bien de fâcheux jours, et de plus dures nuit» ;

Mais d’un veuvage affreux les tristes insomnies Ne m’arracheront point de noires perfidies;

Et je veux chez les morts emporter, si je peux,

Un cœur qui ne brûla que de ses premiers feux.

ÉRASTE

On ne poussa jamais plus loin la foi promise ;

Voilà des sentiments dignes d’une Artémise.

GÉRONTE, à Crispin,

Votre époux, vous laissant mère et veuve à vingt ans.

70 LE LIÉG-ATAIRE ÜMVERSEL

Ne vous a pas laissé, je crois, beaucoup d’enfauls.

Rien que neuf; mais, le cœur tout gonflé d’amertume, <Deui ^ns encore après J’accouchai d’un posthume.

LISETTE

Deux ans après f voyez quelle fidélité I On ne le croira pas dans la postérité.

G-ÉfiONTE, à Crispin,

Peut-on vous demander, sans vous faire de peines Quel sujet si pressant vous fait quitter le Maine f

CRISPIN

Le désir de vous voir est mon premier objet;

De plus^ certain procès qu’on m’a sottement fait.

Pour certain four banal sis en mon territoire.

Je propose d’abord un bon déclinatoire-;

On passe outre : je forme empêchement formel ;

Et, sans nuire .à -mon droit, j’anticipe l’appel.

La cause est nu bailliage ainsi revendiquée :

On plaide; et je me trouve enfin interloquée.

LISETTE

Interloquée 1 ah ciel 1 quel affront est-ce là 1 Et vous avez souffert qu'on vous interloquâtl Une femme d’honneur se voir interloquée l

ÉRASTE

Pourquoi donc de ce terme être si fort piqi^’?

C’est un mot du barreau.

Olcst <Gd tqu'il vous plaka Mais juge de ses jours ne m’interloquera :

' Le mot est immodeste, et le terme me -choque :

Et je ne veux jamaiis souffrir qu^'on m’interloque .

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