LE PORTIER
Mais rassurez-vous, madame : des jardiniers l'ont retiré de l'eau, et l'ont porté à votre ferme, où les secours viennent de le rappeler à la vie ; le père Gervais lui a prêté ses habits des dimanches, afin qu'il puisse décemment rentrer chez lui.
CHARLOTTE
Madame, faites donc demander ce jeune homme, qui a l'audace de venir se noyer chez vous.
MADAME DE SAINT-MARC
Mais conçoit-on une pareille insolence! Et comment se
iiO THE.VrUE Uli SALON.
fait-il que ce jeune honmie ait choisi exprf^s mon étang pour se noyer?
A-t-on idée d'une pareille inconvenance! choisir exprès l'étang de madame pour un suicide! On dirait que nous manquons de rivières dans le département de Seine-et- Oise.
MADAME DE SAINT-MARC
Les trois demoiselles Desbuissons ne manqueront pas de faire circuler que ce jeune homme s'est noyé à mon intention.
CHARLOTTE
Elles l'ont déjà dit.
MADAME DE SAL\T-MARC
A cet âge, on ne se tue que par amour...
CHARLOTTE
C'est encore ce qu'elles ont dit.
MADAME DE SAINT-MARC
Elles disent donc tout?
CHARLOTTE
Tout, excepté le vrai.
M.\DAME DE SAiNT-MARC.
Oh! cette fois, je veux arrêter la calomnie à sa source.
CHARLOTTE
Elle a déjà pris le chemin de fer ; elle sera au Havre dans cinq heures, convoi direct.
MADAME DE SAINT-MARC
Charlotte, je vais avoir une explication sérieuse avec ce jeune homme.
UNE VEUVE I.NCUNSOLAlU,i:, ni
CHARLOTTE
Adieu le couvent ! (Eiie sort.)
MADAME DE SAINT-MAUC
.Une explication, en plein midi, devant témoins, et l'on verra bien, à l'air dont je lui parlerai, que je n'ai aucune sympathie pour les gens qui viennent se noyer chez moi.
(charlotte rentre.)