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SCÈNE II LA DUCHESSE, LE COMTE

LA DUCHESSE

Monsieur le comte, votre lettre et votre mission m'ont émue jusqu'au fond du cœur. Permettez-moi de vous recevoir comme un ancien ami.

(Elle lui tend la main, s'assoit et désigne un fauteuil au comte.) LE COMTE.

Une mission bien triste , mais un devoir bien doux , madame la duchesse.

LA DUCHESSE

On vous a donc retenu dans la Russie méridionale après la paix? Je le comprends très-bien ; la même chose est aii'ivée au duc de Richelieu à Odessa.

LE COMTE

Non, madame, je suis indigne d'une si belle comparaison. Les Russes ne m'ont pas retenu, au contraire. J'étais toujours souffrant de ma blessure, et j'avais besoin d'un climat très-chaud pour me rétablir tout à fait. Il m'a été permis de me rendre à Téhéran; de là, j'ai gagné le golfe Persique, et enfin, pour me rapprocher davantage du soleil, je me suis eaibarqué pour le Bengale... Mais, madame, pardonnez-moi ces détails oiseux, (n tire de sa poche un petit paquet cacheté à

la cire rouge.) Je VOUS rcuds Ic dépù! qui m'a été confié..

LA DUCHESSE, émue, en prenant le paquet.

Savez-vous ce qu'il contient?... (siience.) Je le sais, moi...

tout m'a été envoyé... oui, tout... excepté la chose à laquelle je tenais le plus au monde, car elle élait avec lui, elle vivait avec lui, elle s'agitait sous les battements de son cœur; elle recevait tous les jours un sourire de ses yeux, un baiser de ses lèvres, une étreinte de ses mains... C'est le médaillon de mon portrait... mes doigts tremblent en essayant de déchirer cetle enveloppe... J'étais si contente le jour où je posai devant le peintre! mon visage rayonnait de joie ; j'avais au front l'auréole du bonheur; il était là, devant moi, lui, et son regard allait du portrait au modèle, et du modèle au portrait, et je voyais que la moitié de mon bonheur passait dans son âme sans diminuer le mien. Oh ! je n'aurai jamais le courage de rouvrir ce médaillon; il y a trop de divins souvenirs dans cette peinture; tout un passé d'amour qui ne reviendra plus et couvre de deuil mon avenir. On quitte la triste robe du veuvage, mais sa nuance reste au fond du cœur.

I,E COMTE, (il se lève et s'incline respectueusement.)

Madame, je respecte cette douleur comme une chose sainte; ma mission est remplie, permettez-moi de me retirer, et...

LA DUCHESSE , reprenant le ton léger.

Oh! je ne permets pas une si courte visite après un voyage si long. Cela me prouve que nous ne devons jamais attrister personne de notre tristesse. La douleur doit être égoïste... C'est ce portrait qui a réveillé des souvenirs!... Je croyais être seule, (se levam.) Vous avez votre voyage à me raconter... Permettez-moi de vous quitter un instant... je vais placer ce médaillon dans mon reliquaire de famille, dans l'écrin de mes bijoux de deuil... je veux être seule pour briser cette empreinte de cire... (eiic ut. sur renveioppc) Secrétariat de l'état-major... C'était son testament, fermé la veille d'une bataille, la veille de la mort. (Eiie son.)

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