ACTE II, SCÈNE Vil
je n'appartiens à aucun sexe humain, et cettecuirasse ne couvre point de cœur.
MONTGOMEBY.
Oh! par la loi sainte et suprême de l'amour, à qui tous les cœurs rendent hommage, je t'implore. J'ai laissé dans ma patrie une aimable fiancée, belle comme tu l'es toi-même, dans toute !a fleur et l'attrait de la jeunesse. Elle attend en pleurant le retour de son bien-aimé. Oh ! si tu espères aimer jamais toimême, si tu espères être heureuse par l'amour, ne sépare pas cruellement deux cœurs que la ^inte alliance de l'amour a réunis.
JEANNE
Tu n'invoques que des dieux terrestres, des dieux étrangers, qui n'ont pour moi rien de sacré ni de vénérable. Je ne sais rien de cette alliance de l'amour par laquelle tu m'implores, et jamais je ne comiattrai ce vain esclavage. Défends ta vie, car la mort t'appelle.
HOHTGOUERT.
Ohl alors, prends pitié de mes parents désolés, que j'ai laissés sous le toit paternel. Oui, toi aussi, sans doute, tu as quitté des paroits que les souds tounnentent k cause de toi.
JEARNE.
Malheureux! et tu me rappelles combien de mères, dans ce
chaloupe, à votre orgueilleux navire. Insensés! l'écusson royal de France est suspendu au trône de Dieu. Vous arracheriez plutôt une étoile du chariot céleste qu'un village de ce royaume éternellement indivisible!... Le jour de la vengeance est venu ; vous ne repasserez plus vivants cette mer sacrée que Dieu a placée comme une barrière entre vous et nous, et que voire audace criminelle a franchie.
HONTGOMERT quitte la main de Jeanne, qu'il at}ait saisie. Oh! il faut que je meure! Déjà la mort me saisit alfreusement.
JEANNE
Meurs, ami 1 Pourquoi trembler sî timidement à l'approche de la mort, de l'inévitable destin?... Hegarde-moi, regarde! Je ne suis par ma naissance qu'une jeune fille, une bergère; cette main n'est pas habituée au glaive, elle n'a manié jusqu'ici que l'innocente et paisible houlette. Et pourtant, arrachée de la vallée natale, du sein de mon père, des embrassements de mes soeurs chéries, il faut qu'ici. .. . c'est la voix de Dieu qui me pousse, et non mon caprice.... il faut que, pour votre amère affliction, non pour mon plaisir, j'aille comme un fantôme de terreur, égorgeant et répandant la mort, et qu'à la fin je sois sa victime; car je ne verrai point le jour heureux du retour. Beaucoup d'entre vous périront encore de ma main ; je ferai encore beaucoup de veuves; mais enfin je succomberai moi-même et j'accomplirai mon destin. Accomplis aussi le tien. Saisis prompte-