‹ Theatre de Schiller;Chapitre 119 sur 335 · ACTE m, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE IV

ce n'est pas pour enlacer dans ma chevelure la couronne de Gancée que j'ai revêtu l'armure d'airain. Je suis appelée à une tout autre œuvre : une vierge pure peut seule l'accomplir. Je suis la guerrière du Dieu très-haut, et je ne puis Être l'épouse d'aucun homme.

l'archevêque.

La Temme est née pour être la tendre compagne de l'homme. ... C'est en obéissant à la nature qu'elle sert le ciel le plus dignement. Et quand tu auras satisfait à l'ordre de ton Dieu, qui t'a appelée siu* les champs de bataille, tu déposeras tes armes, et retourneras & la vie plus paisible du sexe que tu as renié, et qui n'est pas destiné à l'œuvre sanglante de la guerre.

JEANNE

Vénérable seigneur, je ne puis dire encore ce que l'esprit m'ordonnera de faire; quand le temps viendra, sa voix ne restera pas muette, et je lui obéirai. Mais maintenant, il me commande d'achever ma tâche. Le front de mon seigneur n'est pas encore couronné, l'huile sainte n'a pas encore arrosé sa tête; mon seigneur n'a pas encore le nom de roi.

CHARLES

Nous sommes en chemin vers Reims.

JEANNE

Ne nous arrêtons pas, car les ennemis travaillent de toutes

les cœurs.... Ils s'éveilleront aussi dans le tien, et tu pleureras des pleurs de tendre désir, tels que jamais tes yeux n'en ont versé.... Ce cœur, que le ciel aujourd'hui remplit tout entier, se tournera avec amour vers un ami terrestre.... Maintenant, des milliers d'hommes , sauvés par toi , te doivent le bonheur, et tu finiras par assurer le bonheur d'un seul !

JEANNE

Dauphin! es-tu déjà las de la divine apparition, pour vouloir ainsi briser le vase d'élection , et rabaisser à la condition vulgaire la vierge pure que Dieu t'a envoyée? Cœurs aveugles! hommes de peu de foi! la splendeur du ciel rayonne autour de vous , il dévoile à vos yeux ses miracles , et vous ne voyez en moi qu'une femme. Une femme a-t-elle le droit de se couvrir ainsi de l'airain de la guerre, de se mêler dans les batailles des hommes?' Malheur à moi si, portant dans mes mains le glaive vengeur de mon Dieu, je nourrissais dans mon cœur frivole l'amour d'un homme d'ici-bas! Mieux vaudrait pour moi de n'être jamais née ! Ne' prononcez plus, je vous le dis, un seul mot semblable, si vous ne voulez irriter et révolter l'esprit qui est en moi ! Le regard des hommes, le désir qu'il exprime , est déjà pour moi un objet d'horreur et une profanation.

CHARLES

Brisons là. En vain nous voudrions la persuader.

JEANNE

Commande que l'on sonne la trompette guerrière! Ce repos des armes me pèse et m'inquiète. Je sens une force qui m'arrache à ce calme oisif, et, par un ordre impérieux, me pousse, pour accomplir mon œuvre, vers ma destinée.

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