ACTE IV, SCÈNE II
éloge coule à flots de toutes les bouches , tu es la déesse de cette fête, le roi lui-même avec sa couronne ne rayonne pas de plus d*éclat que toi.
JEANNE
Oh! que ne puis^je me cacher au fond des entrailles de la terre !
AGNÈS
Qu*as-tu donc? Quelle étrange émotion! Qui osera lever les yeux en ce jour, si toi tu les dois baisser vers la terre? Laissemoi rougir, moi qui , à tes côtés, me sens si petite, qui ne puis m'élever à ta force héroïque , à ta hauteur ! Car veux-tu que je t*avoue toute ma faiblesse ? Ce n'est pas la gloire de la patrie , ni l'éclat renouvelé du trône, ni l'allégresse du peuple, la joie de la victoire , qui occupent ce faible cœur. Un seul homme le remplit tout entier, et ne laisse point de place à d'autres pensées. C'est lui qu'on adore, lui que saluent les acclamations du peuple, lui qu'on bénit, devant lui qu'on répand des fleurs, et lui , il est à moi , c'est mon bien-aimé.
JEANNE
Oh! tu es heureuse! Je vante ton bonheur! Tu aimes ce qui est aimé de tous ! Tu peux ouvrir ton cœur, proclamer tout haut ton enthousiasme , le monti;er à tous les regards des hommes. Cette fête du royaume est la fête de ton amour. Ce peuple innombrable qui afilue et se presse dans ces murs, il partage ton sentiment , il le sanctifie. C'est pour toi que ses cris de joie retentissent, pour toi qu'il tresse jane cojuronne : tu ne fais qu'un avec la commune allégresse ; tu aimes ce qui réjouit tous les cœurs, le soleil que tous adorent, et ce que tu vois est le reflet de ton amour.
AGNÈS , se Jetant à son cou.
Oh! tu me ravis, tu me comprends tout entière! Oui, je t'ai méconnue, tu connais l'amour ; ce que j'éprouve, tu l'exprimes avec puissance. Mon cœur s'affranchit de sa crainte, de sa timidité, il s'élaïice avec abandon au-devant de toi.... JEANNE s'arraclie vivement de ses bras.
Laisse-moi! détourne-toi de moi! Ne te souille pas de mon contact funeste. Sois heureuse , va ! et laisse-moi cacher dans la nuit la plus profonde, mon malheur, ma honte, mon horreur....
AGNÈS
Tu m'épouvantes, je ne te comprends pas.... mais je ne fai jamais comprise.... et toujours ta nature mystérieuse et profonde fut voilée pour moi. Qui pourrait concevoir ce qui alarme la sainteté de ton cœur, le sentiment délicat de ton âme pure?
C'est toi qui es la sainte! toi qui es l'âme pure! Si tu lisais dans mon cœur, tu repousserais en frémissant l'ennemie, la traîtresse !