‹ Theatre de Schiller;Chapitre 204 sur 335 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

BAUMGARTEN

S'il n*a point accompli son mauvais dessein , c'est Dieu et ma bonne hache qui l'en ont empêché.

WERNI.

Vous lui avez fendu la tête avec votre hache?

KUONI.

Oh! dites-nous tout, vous avez le temps, pendant qu'il détache la barque de la rive.

BAUMGARTEN

Je venais de couper du bois dans la forêt , lorsque ma femme accourut dans une mortelle angoisse. Elle me dit que le châtelain était couché dans ma maison, qu'il lui avait ordonné de lui préparer un bain , puis qu'il lui avait demandé des choses contraires à l'honneur; qu'elle s'était échappée pour me venir chercher. J'ai couru chez moi en toute hâte comme j'étais, et avec ma hache je lui ai béni son bain.

WERNI.

Vous avez bien fait; personne ne peut vous en blâmer.

KUONI.

Le furieux! En voilà un qui a son salaire. Il y a longtemps qu'il l'a gagné m^r l'oppression du peuple d'Unterwald.

BAUMGARTEN

La chose s'est ébruitée. On me poursuit.... Pendant que nous parlons.... mon Dieu!... le temps s'écoule.

(/{ commtfnM à tonner.)

KUONI.

Vivement, batelier!... Passe ce digne homme de l'autre côté.

RUODI.

Impossible. Un orage terrible approche. Il faut que vous attendiez.

BAUMGARTEN

Je ne puis pas attendre, grand Dieu! Tout délai tue....

KUONI, au Pêcheur.

Essaye, avec l'aide de Dieu ! Il faut aider le prochain. Pareille chose peut nous arriver à tous. {Tormerre et bruit des flots.)

RUODI.

Le vent d'orage est déchaîné. Vous voyez comme les flots montent Je ne puis gouverner contre la tempête et les vagues.

BAUMGARTBN cmbrasse ses genoux.

Que Dieu vous soit en aide comme vous aurez pitié de moi!

WERNI.

Il y va de la vie. Sois compatissant, batelier.

Kuom.

C'est un père de famille, il a femme et enfants. (Coups de tonnerre redoublés.)

RUODI.

Eh ! moi aussi , j'ai une vie à perdre ; j'ai chez moi femme et enfants comme lui.... Voyez là, comme les flojts battent la rive, comme l'eau bouillonne et tourbillonne , comme elle est bouleversée jusqu'au fond du lac... Je voudrais de tout mon cœur, sauver ce brave homme; mais c'est absolument impossible, vous voyez vous-même.

BAUMGARTEN , toujours à genoux.

Ainsi donc il faut que je tombe aux mains de l'ennemi, quand j'ai devant les yeux , tout près de moi, la rive du salut.... La voilà! je puis l'atteindre du regard; le son de ma voix y arrive; voici la barque qui pourrait m'y conduire, et il faut que je demeure ici, enchaîné, sans secours, et que je désespère.

KUONI. ^

Voyez, qui vient là?

WERNI.

C'est Tell de Bûrglen.

TELL, avec son arbaièu.

TELL

Quel est l'homme qui implore ici du secours!

KUONI.

C'est un honune d'Alzellen : il a défendu son honneur, et tué Wolfenschiessen , le châtelain de l'empereur, qui demeurait au Rossberg.... Les cavaliers du bailli vont l'atteindre. Il demande en grâce qu'on le mène sur l'autre rive; mais le batelier a peur de la tempête, et ne veut pas partir.

RUODI.

^ Voici Tell, qui sait aussi manier la rame; qu'il dise luimême , je le prends à témoin , si l'on peut risquer la traversée.

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