‹ Theatre de Schiller;Chapitre 207 sur 335 · PFEIFFER · texte numérisé non relu

PFEIFFER

Oui , oui , maître Stauffacher, comme je vous le disais , ne prêtez pas serment à l'Autriche , si vous pouvez l'éviter. Tenez ferme, et demeurez bravement attaché à l'empire, comme jusqu'ici! Que Dieu vous maintienne dans votre ancienne liberté! (/{ lui serre cùrdiakment la main et veut s'Uaigner.)

STAUFFACHER

Demeurez donc, jusqu'à ce que ma ménagère vienne. Tous êtes mon hôte dans le pays de Schwytz, moi le vôtre à Luceme.

FFEIFFER.

Grand merci! Il faut que j'arrive encore aujourd'hui à Ger^ sau.... Quoi que vous ayez à souffrir de l'avarice et de l'in-solence de vos baillis , supportez -le patiemment. Gela peut changer rapidement; un autre empereur peut parvenir au trône. Mais si vous êtes une fois à l'Autriche» ce sera pour toujours. (B s'éloigne. Stauffacher, soucieux, s'assied sur im bano sous le tilleul. Gertrude^ sa femme^ le trouve ainsi ; elle se tient deboui près de luif et le regarde quelque temps en silence.)

GERTRUDE

Si sérieux, mon ami? Je ne te reconnais plus. Depuis plusieurs jours déjà, je vois, sans rien dire, le sombre tourment qui ride ton front. Un muet chagrin pè3e sur ton cœur, Ck>n"«

fie-le-moi ; je suis ta femme fidèle , et je veax ma moitié de ta peine. ( StauffacJier lui tend la main et garde le silence.) Qu'est-ce qui peut oppresser ton cœur? dis-le-moi. Ton travail est béni; ta fortune prospère. Les fanges sont pleines , et tes troupeaux de bœufs et les chevaux que tu élèves sont rentrés des montagnes , bien nouris et brillants d'embonpoint , pour passer l'hiver dans de commodes étables. Vois ta maison : elle a le riche aspect d'un noble manoir ; la charpente en est neuve , toute de beau bois de brin, disposé à l'équerre avec symétrie; de nombreuses fenêtres y brillent et en font une claire et commode demeure. Elle est ornée d'écussons de diverses couleurs, et de sages maximes que le voyageur s'arrête à lire et dont il admire le sens.

STAUFFACHER

Oui, la maison est là, bien construite, bien symétrique; mais hélas!... le sol tremble sur lequel nous avons b&ti.

GERTRUDE

Mon Werner, parle, qu'entends-tu par là?

STAUFFACHER

J'étais assis dernièrement devant ce tilleul, comme* aujourd'hui, repassant avec joie dans mon esprit tout ce qui nous a réussi jusqu'à présent, quand le bailli arriva à cheval , avec ses cavaliers, de son château de Kussnacht, et s'arrêta étonné devant cette maison. Je me levai aussitôt, et m'avançai avec 'respect, comme il convient, au-devant de celui qui représente ici le pouvoir judiciaire de l'empereur, c A qui cette maison ? « demandat-il avec une intention méchante, car il le savait bien. Hais, par une bonne pensée qui me vint aussitôt, je lui répondis : < Cette maison, seigneur bailli, est à l'empereur mon mottre et à vous. C'est mon fief. — Je suis, répliqua-t-il, gouverneur du pays au nom de l'empereur, et je ne veux pas que le paysan bâtisse ainsi des maisons de son chef, et qu'il vive à sa guise, en liberté, comme s'il était le maître dans le pays. Je saurai bien vous en empêcher. » En disant ces mots, il lança son cheval d'un air hautain; mais moi, je demeurai, l'&me inquiète, réfléchissant aux paroles que le méchant avait dites.

GERTRUDE

Mon cher époux et mattre, veux-tu écouter une honnête parole de ta femme? Je suis fille, et fière de l'être, d'un

Page 1