‹ Theatre de Schiller;Chapitre 208 sur 335 · ACTE I, SGËNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SGËNE II

homme de grande expérience, du noble Iberg. Dans les longues soirées, nous étions assises, mes sœurs et moi, filant la laine, quand les premiers du peuple se réunissaient chez mon père, et lisaient les parchemins des anciens empereurs, et discutaient dans de sages entretiens sur les intérêts du pays. Attentive à leurs discours, j'ai entendu là mainte parole sensée, et, sans mot dire, j'ai gravé dans mon cœur les réflexions de la prudence , les vœux des hommes de bien. Ëcoute-moi donc et tiens compte de ce que je vais te dire; car ce qui te tourmente, eh bien! vois, je lésais depuis longtemps.... Le bailli t'en veut, et il aurait grande envie de te nuire, parce que tu es un obstacle à ses vues : les gens de Schwytz, par ton impulsion, ne veulent pas se soumettre à la nouvelle maison ducale , mais demeurent attachés à l'empire.loyalement et fermement, selon la maxime et l'exemple de leurs dignes ancêtres.... N'est-ce pas, Werner? Dis si je me trompe.

STAUFFACHER

n est vrai. Telle est la cause du ressentiment de Gessler contre moi.

GERTRUDE

Il te porte envie, parce que tu habites, heureux et libre, ton propre héritage.... car lui, il n'en a point. Tu tiens cette maison en fief de l'empereur et de l'empire ; tu peux la montrer hardiment, tout comme un prince d'empire montre ses domaines : car, au-dessus de toi, tu ne reconnais d'autre mattre que le premier de la chrétienté. Et lui, il n'est qu'un cadet de sa maison ; il n'a rien au monde que son manteau de chevalier. Voilà pourquoi il ne peut voir le bonheur d'un honnête homme sans qu'une haineuse malveillance envenime son regard. 11 y a longtemps qu'il a juré ta perte.... Tu es encore sain et sauf.... Veux-tu attendre qu'il exécute sur toi ses mauvais desseins? L'homme sage prend les devants.

STAUFFACHER

Qu*y a-t-il à faire?

GERTRUDE 80 rapproche.

Écoute mon conseil. Tu sais comme ici, à Schwytz, tous les gens de bien se plaignent de l'avarice et de la cruauté du bailli. Ne doute pas que sur l'autre rive, dans Unterwald et dans le

pays d*Uri , on ne soit également las de Toppression et de la pesanteur du joug. Car, au delà du lac, Landenberg se montre tout aussi insolent que Gessler chez nous. Il ne vient pas ici une barque de pécheur qui ne nous apprenne quelque nouveau malheur^ quelque nouvelle violence des baillis. Voilà pourquoi il serait bien , ce me semble , que quelques-uns d*entre vous , quelques hommes au cœur droite se réunissent en secret pour délibérer sur les moyens de secouer le joug. Et alors , j'en ai l'espoir, Dieu ne vous abandonnerait pas , et viendrait en aide à la juste cause. N'as-tu pas, dis-moi ^ quelque hôte à Uri, à qui tu puisses loyalement ouvrir ton cœur î

STAUTFACHER.

Je connais là beaucoup de braves gens, de riches vassaux très-considérés , qui sont mes amis intimes. (71 se lh>e, ) Femme , quel orage de pensées périlleuses tu éveilles dans mon cœur paisible! Tu me montres à la lumière du jour rintérieur de mon âme , et ce que je m'interdisais de penser tout bas, tu le dis librement, d'une voix intrépide.... Mais as^tu bien réfléchie ce que tu me conseilles ? Tu appelles dans cette vallée habituée à la paix, la discorde sauvage et le bruit des armes.... Nous oserions , faible peuble de bergers , entrer en lutte avec le maître du monde ! Ils n'attendent qu'un prétexte pour lâcher sur ce pauvre pays les hordes farouches de leurs soldats, pour y exercer tous les droits de la victoire, et, sous l'apparence d'un juste châtiment , détruire nos anciennes chartes de franchise.

GERTRUDE

Vous êtes hommes aussi , vous savez manier votre hache , et Dieu aide le brave.

STAUFFACHER

0 femme ! la guerre est une affreuse et terrible calamité : elle frappe le troupeau et le berger.

GERTRUDE

II faut supporter ce que le ciel envoie; mais l'injustice, un noble cœur ne la supporte pas.

STAUFFACHER

Tu prends plaisir à cette maison que nous venons de bâtir : la guerre^ Tborrible guerre, la réduira en cendres.

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