ACTE I, SCÈNE IV
rite, aiguise sa corne puissante, et lance son ennemi vers les nues.
WALTHER FÛRST.
Si les trois cantons pen3aient comme nous trois, peut-être alors pourrions-nous quelque chose.
STAUFFACHER
Si Uri appelle, si Unterwald accourt à sa voix, l'habitant de Schwytz respectera Tantique alliance.
MELCHTHAL.
J'ai beaucoup d'amis dans Unterwald, et chacun hasarde avec joie sa vie et son sang , s'il trouve un appui , un rempart dans autrui.... 0 pères pieux de cette contrée, me voici entre vous deux , moi qui ne suis qu'un jeune homme et bien au-dessous de votre longue expérience.... ma voix est obligée à un modeste silence dans l'assemblée du peuple.... mais, si je suis jeune et si les leçons de la vie ne m'ont pas encore instruit bien longtemps, ne méprisez pas pour cela mes conseils et mes discours. Ce n'est point l'efTervescence d'une ardente jeunesse qui me pousse, c'est le douloureux pouvoir d'une affliction suprême, qui attendrirait jusqu'aux rochers de nos montagnes. Vous êtes pères aussi , maîtres de maison, et vous vous souhaitez à vous-mêmes un fils vertueux qui honore vos cheveux blancs et veille pieusement sur la prunelle de vos yeux. Oh ! si vous n'avez encore rien souffert ni dans vos corps ni dans vos biens , si vos yeux tournent encore, vifs et brillants, dans leur orbite, ne demeurez pas pour cela étrangers à notre douleur. Le glaivç du tyran est aussi suspendu sur vos têtes. Vous avez détourné le pays de l'Autriche ; mon père n'a pas eu d'autre tort. Vous êtes ses complices, vous serez condamnés comme hii.
STAUFFACHER , à Walther Fûrst.
A vous de prononcer ! Je suis prêt à vous suivre.
WALTHER FURST
Sachons ce que conseillent les nobles seigneurs de Sillinen et d*Attinghausen. Leur nom, je pense, nous enrôlera des amis*
MELCHTHAL.
Où trouver dans nos montagnes boisées un nom plus vénérable que le vôtre, et le vôtre? De tels noms sont la meilleure caution pour le peuple ; leur autorité est grande dans le
pays. Vos pères vous ont légué un riche patrimoine de vertus, et vous l'avez vous-mêmes richement augmenté. Qu'avons-nous besoin des gentilshommes ? Accomplissons seuls notre dessein. Que ne sommes-nous seuls dans le pays! Nous saurions bien Je crois, nous protéger nous-mêmes.
STAUFFACHER
Les nobles ne sont pas réduits à la même extrémité que nous: le torrent qui exerce ses ravages dans les vallons n*a pas encore atteint les hauteurs.... Leur secours d'ailleurs ne nous manquera pas, si une fois ils voient le pays en armes.
WALTHER FÎJRST.
S'il y avait un arbitre entre nous et T Autriche, le droit et la loi prononceraient. Mais celui qui nous opprime est notre empereur, notre juge suprême.... Il faut donc que ce soit Dieu qui nous aide par nos propres mains.... Sondez les gens du Schwytz; je chercherai des amis dans Uri. Mais qui enverronsnous à Unterwald î
Moi, envoyez-moi ! Qui peut avoir plus d'intérêt...,?
WALTHER FÛRST.
Non, je n'y puis consentir : vous êtes mon hôte, je réponds de votre sûreté.
MELCHTHAL.
Laissez-moi aller. Je connais tous les détours, tous les sentiers des rochers, et je trouverai assez d'amis qui me cacheront à l'ennemi et me donneront volontiers un asile.
STAUFFACHER
Laissez-le partir à la garde de Dieu. Là-haut, il n'y a point de traîtres.... La tyrannie est si détestée, qu'elle ne trouve aucun instrument. L'homme d'Alzellen nous recrutera aussi des auxiliaires dans le bas Unterwald et soulèvera le pays.
MELCHTHAL.
Comment nous donnerons-nous des nouvelles certaines, de manière à tromper la défiance des tyrans ?
STAUFFACHER
Nous pourrions nous réunir à Brunnen ou à Treib, où abordent les barques des marchands.