‹ Theatre de Schiller;Chapitre 224 sur 335 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

jettent une flamme brillante, quand nos voisins viendront. [Deux hommes s'éloignent.)

SEWA

C'est un beau clair de lune. Le lac s'étend là paisible et uni comme un miroir.

BURKHART AM BUHEL.

Ils auront une facile traversée.

wiNKELRiED, montrant le lac.

Hé, voyez, voyez, là-bas! Ne remarquez-vous rien?

MEIER.

Quoi donc?... Oui, vraiment! un arc-en-ciel, au milieu de la nuit!

C'est la lumière de la lune qui le forme.

NICOLAS DE FLÛE.

C*est un signe rare et merveilleux. Il y a bien des gens sur la terre qui n*ont jamais vu cela. %

SEWA

n est double ; voyez, il y en a un plus pâle au-dessus.

BAUMGARTEN

Voici justement une barque qui passe dessous.

MELCHTHAL.

C*est StaufTacher avec son canot. Le brave homme ne se fait pas longtemps attendre. {Il va avec Baumgarten vers le rivage.)

MEIER.

Ce sont les gens d*Uri qui tardent le plus.

BURKHART AM BÛHEL.

Il faut qu*ils fassent un long détour par la montagne, pour échapper aux espions du bailli. {Pendant ce temps ^ les deux Iwmmes onl allumé un feu au milieu de la scène.)

MELCHTHAL, sur le rivogc.

Qui est là? Le mot d'ordre !

STAUFFACHER, d'en bos.

Amis du pays.

f ciuuxft. — TU. 111 25

Tous vont vers le fond , au-devant des arrivants. De la barque sort STAUFFACHER avec ITEL hEDING, JEAN AUF DER MAUER, JÔRG m HOFE, CONRAD HUNN, ULRICH k forgeron, JOST DE WEILER, et trois autres Montagnards, tous également armés,

TOUS s'écrient.

Soyez les bienvenus ! {Pendant que les autres^ s'arrêtent au fond et se saluent^ Mdchthal vient sur le devant avec Stauff'acher.)

MELCHTHAL.

0 StaufTacher ! Je Tai vu , lui qui n'a pas pu me voir à son tour. J'ai- posé la main sur ses yeux, et j'ai puisé dans Tastre éteint de sou regard un sentiment brûlant de vengeance.

STAUFFACHER

Ne parlez pas de vengeance. Nous ne voulons pas venger le passé, mais prévenir le mal qui menace.... Dites-moi maintenant ce qije vous avez fait dans le pays d'Unterwald, qui vous avez enrôlé pour la cause commune , ce que pensent les montagnards, comment vous avez échappé vous-même aux pièges de la trahison.

MELCHTHAL.

A travers les affreuses montagnes des Surennes^ par ces vastes solitudes de glace, où l'on n'entend que le cri rauque du vautour, je suis arrivé à ce pâturage des Alpes où les bergers d'Uri et de l'Engelberg se saluent en s'appelant de loin , et font paître leurs troupeaux en commun. Dans ma course , j'apaisais ma soif avec le lait des glaciers qu'on voit sourdre dans les crevasses et descendre en écumant, et je m'arrêtais dans les cabanes abandonnées des pasteurs , me faisant à moi-même les honneurs du logis, jusqu'à ce qu'enfin j'arrivai aux demeures habitées par des hommes qui vivent en société.... Le bruit de la nouvelle atrocité commise avait déjà retenti dans ces vallées, et à chacune des portes où je frappai , mon malheur me fit accueillir avec un pieux respect. Je trouvai ces âmes droites révoltées du nouveau régime tyrannique ; car de même que leurs Alpes nourrissent toujours les mêmes plantes , que leurs sources coulent uniformément, que les nuages même et les* vents suivent invariablement la même direction, de même les anciennes mœurs se sont

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