‹ Theatre de Schiller;Chapitre 225 sur 335 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

ici transmises , immuables , des ancêtres aux petit&-fils ; dans le cours égal de leur vie, de leurs antiques habitudes, ils ne peuvent supporter les innovations téméraires.... Ils me tendaient leurs mams rudes , ils détachaient des murailles leurs glaives rouilles, et dans leurs yeux brillaient Tardeur et le courage, quand je leur nommais ces noms qui sont sacrés pour les habitants de nos montagnes : le vôtre et celui de Walther Fûrst.... Ce qui vous paraîtrait juste, ils ont juré de le faire ; ils ont juré de vous suivre jusque dans la mort.... J'ai voyagé rapidement ainsi, de chalet en chalet, sous la sainte protection de l'hospitalité.... et quand je suis arrivé dans ma vallée natale, où habitent, répandus au loin, mes nombreux parents, quand j*ai trouvé mon père , aveugle et dépouillé , couché sur la paille étrangère, vivant de la pitié d'hommes bienfaisants....

STAUFFACHER

Dieu du ciel !

MELCHTHAL.

Je n'ai pas pleuré, je n'ai pas répandu dans d'impuissantes larmes l'ardeur brûlante (fe mon affliction : je l'ai renfermée , comme un précieux trésor, au fond de ma poitrine, et n'ai pensé qu'à agir. J'ai rampé par tous les détours de la montagne; pas de vallée si cachée que je n'aie découverte. Jusqu'au pied des glaciers , dans les glaces même , j'ai cherché et trouvé des cabanes habitées , et partout où j'ai porté mes pas, j'ai rencontré la même haine de la tyrannie ; car jusqu'à cette dernière limite delà création vivante, où le sol glacé cesse de produire, l'avarie^ des baillis trouve matière à rapines.... Dans ce peuple honnête, l'aiguillon de ma parole a excité toutes les âmes; ils sont tous à nous de cœur et de bouche.

STAUFFACHER

Vous avez fait de grandes choses en peu de temps.

MELCHTHAL*

J'ai fait plus encore* Ce que le paysan redoute le plus, ce sont les deux châteaux forts, Rossberg et Samen; car l'ennemi trouve aisément un abri derrière ces murs de rochers, et de là tyrannise le pays. J'ai voulu les connaître par mes propres yeux ; je suis allé à Sarnen, et j'ai examiné la forte^ resse.

STAUFFACHER

Vous VOUS êtes hasardé jusque dans la caverne du tigre?

MELCHTHAL.

Je m*étais déguisé en pèlerin. J*ai vu le bailli à table, se livrant à la débauche.... Jugez si je puis contraindre mon cœur: j'ai vu Tennemiet je ne l'ai point tué.

STAUFFACHER

En vérité, la fortune a été propice à votre audace. {Les autres Montagnards cependant sont venus sur le devant de la scène , et Us s'approchent de Melchthal et de Stauffacher.) Hais maintenant dites-moi qui sont ces amis et ces hommes de bien qui vous ont suivi. Mettez-moi en rapport avec eux pour que nous puissions nous aborder avec confiance et nous ouvrir nos cœurs.

MEIER •

Qui ne vous connaît pas , mattre Stauffacher , dans les trois cantons ? Je suis Meier de Sarnen ; voici le fils de ma sœur, Struth de Winkelried.

STAUITACHER.

Vous me dites là un nom qui ne m'est pas inconnu. C'est un Winkelried qui tua le dragon dans le marais près de Weiler, et qui laissa la vie dans ce combat.

WINKELRIED

C'était un de mes ancêtres , mattre Stauffacher.

MELCHTHAL, tnofUrafU deux des Montagnards.

Ceux-ci habitent par delà la forêt ; ce sont des vassaux du couvent de l'Engelberg.... Tous ne les mépriserez pas parce qu'ils appartiennent à autrui et n'habitent point , libres comme nous, leur propre héritage.... Ils aiment le pays et ont du reste une bonne renommée.

STAUFFACHER, à CCS deux hommes.

Donnez-moi la main. Heureux celui dont le corps ne dépend de personne ; mais la probité n'est exclue d'aucune condition.

CONRAD HUNN.

' Voicimaitre Reding , notre ancien landanmiann.

uEIER.

Je le connais bien.- C'est mon adversaire ; nous plaidons l'un contre l'autre pour un ancien héritage.... Maître Reding, nous

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