ACTE II, SCÈNE II
WALTHER FÛRST présente le glaive à Stauffacher. Prenez donc.
STAUFFACHER
Non pas moi. Rendons honneur à Tâge.
JÔRG tM HOFE.
C'est Ulrich le Forgeron qui compte le plus d'années.
JEAN AUF DER MAUER
C'est un brave homme, mais il n'est pas de condition libre. Celui qui appartient à autrui ne peut pas être juge dans Schwytz.
STAUFFACHER
N'avons-nous pas ici mattre Reding, l'ancien landammann? Où pourrions-nous trouver un plus digne?
WALTHER FÛRST.
Qu'il soit notre président et le chef de l'assemblée! Que tous ceux qui sont de cet avis lèvent la main. {Tous lèvent la main dmte.)
REDING. s'avance au milieu.
Je ne puis poser la main sur les livres; mais je jure par les astres éternels qui sont là-haut que je ne m'écarterai en rien de la justice. {On dresse devant lui les deux glaives; le cercle se forme autour de lui : Schwytz occupe le milieu, Uri se place à droite^ UnterwM à gauche. Reding s'appuie sur son épée de bataille.) Qu'est-œ qui réunit ici les trois peuples des montagnes , à cette heure redoutable, sur la rive inhospitalière du lac? Quel doit être l'objet de la nouvelle alliance que nous concluons sous la voûte étoilée?
STAUFFACHER entre dans le cercle.
Nous ne concluons pas une nouvelle alliance; nous ne faisons que renouveler l'union immémoriale qui date de nos ancêtres. Sachez-le, confédérés! bien que le lac et les montagnes nous séparent, et que chacun des trois peuples se gouverne à part, nous sonmies d'une même race et d'un même sang; c'est de la même patrie que nous sommes tous sortis.
WINKELRIED
Ainsi donc il est vrai, comme le disent les vieilles chansons, que nous sonmies arrivés de loin dans cette contrée? Oh! racon-
tez-nous ce que vous en savez, pour que la nouvelle alliance puise des forces dans l'ancienne.
STAUTTACHBR.
Écoutez ce que les vieux bergers se racontent.... Il y avait par delà les montagnes, vers le nord, un grand peuple, qui eut à souffrir d*une grande disette. Dans cette détresse^ rassemblée du peuple décida qu'un citoyen sur dix, désigné par le sort, quitterait le pays de ses pères.... Gela fut fait ainsi. Une troupe nombreuse d*hommes, de femmes, se mit en marche, déplorant son sort , vers le midi , et s'ouvrit un chemin avec le glaive à travers les régions de l'Allemagne, jusqu'à ce qu'elle parvint à ces hautes terres, à ces montagnes couvertes de forêts : leur course ne s'arrêta que lorsqu'ils arrivèrent dans cette vallée sauvage où maintenant la Muotta coule entre des prairies.... On ne voyait dans ces lieux aucun vestige humain; une seule cabane s'élevait sur la rive solitaire : un homme y demeurait, qui passait les voyageurs dans sa barque. Cependant le lac était violemment agité, la traversée impossible. Alors ils examinèrent de plus près la contrée : ils remarquèrent qu'il y avait du bois en abondance, découvrirent de bonnes sources, et il leur sembla qu'ils se retrouvaient dans leur chère patrie.... Ils résolurent de rester là, bâtirent l'antique bourgade de Schwytz , et passèrent plus d'une rude journée à défricher la forêt avec ses longues racines entrelacées.... Plus tard, le sol ne suffisant plus à la nombreuse population , ils s'étendirent de l'autre côté vers la montagne noire et même jusqu'au Weissland S où vit un autre peuple , qui , caché derrière un éternel rempart de glace, parle d'autres langues. Ils bâtirent le bourg de Stanz auprès du Kernwald , le bourg d'Altorf dans la vallée de la Reuss. Cependant ils gardèrent toujours la mémoire de leur origine. Parmi toutes les races étrangères qui depuis sont venues s'établir au milieu de leur pays, les hommes de Schwytz se retrouvent toi:gours : ils se reconnaissent sans peine par le cœur et par le sang. (R tend la inain à droite et à gauche.)
JEAN AUF DER MAUER
Oui , nous n'avons tous qu'un cœur et qu'un sang.