‹ Theatre de Schiller;Chapitre 228 sur 335 · ACTE 11, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE 11, SCÈNE II

TOUS y se tendant la main.

Nous ne formons qu'un seul peuple , et nous voulons agir d'accord.

STAUFFACHER

Les autres peuples portent un joug étranger : ils se sont soumis au vainqueur. Dans nos contrées même, il y a bien des manants assigettis à des redevanœs, et qui lèguent leur servitude à leurs enfants. Mais nous, la vraie race des anciens Suisses , nous avons toij^ours gardé notre liberté. Nous n*avons pas plié le genou devant des princes, et c*est volontairement que nous avons choisi la protection des empereurs.

RÔSSSLMANN.

Oui , c*est librement que nous avons choisi la protection et l'appui de Tempire. Gela est noté expressément dans la lettre de l'empereur Frédéric.

STAUFFACHER

Car l'homme même le plus libre n'est pas sans maître. Il faut qu'il y ait un chef, un juge suprême à qui l'on ait recours pour trouver le droit dans les contestations. Voilà pourquoi nos pères, de leur propre mouvement, ont rendu hommage à l'empereur pour le sol qu'ils avaient conquis sur la nature sauvage, à l'empereur qui se nomme le maître de la terre d'Allemagne et d'Italie, et, comme les autres hommes libres de son empire, ils se sont engagés envers lui au noble service des armes; car c'est l'unique redevance des hommes libres, de protéger l'empire qui les protège eux-mêmes.

MELCHTHAL.

Tout ce qui va au delà est marque de servitude.

STAUFFACHER

Lorsqu'on convoquait le ban et Tarrière-ban , ils suivaient la bannière de l'empire et combattaient ses combats. Ils accompagnaient, armés, l'empereur en Italie, pour placer sur son front la couronne romaine. Chez eux, ils se gouvernaient eux-mêmes, à leur gré, selon l'ancienne coutume et leurs propres lois : la plus haute juridiction criminelle était seule réservée à l'empereur, et il désignait pour l'exercer un grand juge, qui ne résidait pas dans le pays. Lorsqu'il y avait lieu à une accusation capitale, on l'invitait à venir, et, sous la voûte du ciel, il ren-

dait la justice, simplement et clairement, et sans crainte des hommes. Où sont dans tout ceci .les traces de servitude? Si quelqu'un de vous sait les choses autrement , qu'il parle.

/ÔRG lU HOFE.

Non, tout est bien comme vous dites. Jamais on n*a toléré chez nous un pouvoir tyrannique.

STAUFFACBER.

Nous refusâmes l'obéissance à l'empereur lui-même, lorsqu'un jour il viola le bon droit en faveur des prêtres. Car, les gens dû monastère d'Einsiedeln nous disputant un pâturage où nous avions fait paître nos troupeaux dès le temps de nos pères , comme l'abbé produisait un vieux titre qui lui faisait don des terrains déserts et sans maître (on avait caché notre existence), nous répondîmes : « Ce titre a été surpris. Aucan empereur ne peut donner ce qui est à nous, et, si l'empire nous refuse justice, nous pouvons dans nos montagnes nous passer de l'empire.... » Ainsi parlèrent nos pères, et nous, souflrironsnous la honte du nouveau joug? Endurerons-nous d'un valet étranger ce qu'un empereur, dans toute sa puissance, n'eût osé. se permettre envers nous?... Nous nous sommes créé ce sol par le travail de nos mains; l'antique forêt qui était autrefois la sauvage demeure des ours , nous l'avons transformée en un séjour approprié aux hommes; nous avons exterminé l'engeance du dragon qui, gonflée de venin, sortait des marais; nous avons déchiré le voile sombre et nébuleux, éternellement suspendu sur cette solitude; nous avons brisé le dur rocher, jeté sur l'abtme un sentier sûr pour le voyageur. Ce sol est à nous par une possession de mille ans.... et le valet d'un mattre étranger oserait venir nous forger des chaînes, nous outrager sur notre patrimoine? N'y a-t-il aucun secours contre une telle oppression ? {Grande agitation parmi les Montagnards.) Non, la puissance des tyrans a des bornes. Quand l'opprimé ne peut trouver justice nulle part, quand le fardeau devient intolérable.... alors sa main s'étend avec assurance vers le ciel , il y va chercher ses droits étemels qui sont suspendus là-haut, inaliénables, indestructibles comme les astres mêmes.... Alors recommence l'ancien état de nature où l'homme tient tête à l'homme.... Pour dernière ressource , quand aucune autre n'est efficace , le glaive

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