‹ Theatre de Schiller;Chapitre 233 sur 335 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

jour-là , que tous les vassaux portent des présents au bailli dans son château. Alors dix ou douze hommes pourraient s'y rassembler sans exciter de soupçons, ayant secrètement sur eux des fers de lance , qu'on pourrait vite adapter au bout des bâtons ; car personne n'entre au château aveè des armes. Le gros de la troupe se cacherait près de là dans la forêt ,. et quand les autres se seront rendus maîtres de la porte , une trompe donnera le signal, et tous sortiront de leur embuscade. De cette façon, la forteresse sera à nous sans beaucoup de peine.

MELCHTHAL.

Je me charge d'escalader le Rossberg; car une fille du château me veut du bien, 'et je la déciderai facilement à me tendre, pour une visite nocturne, une échelle flexible. Lorsqu'une fois je serai en haut, je tirerai les amis après moi.

REDING

Est-ce la volonté de tous qu'on difJère? {La majorité lève la nuûn.)

WALTHER riJRST.

Quand, au jour marqué, les forts tomberont, des colonnes de fumée donneront le signal d'une montagne à l'autre; la levée en masse sera convoquée sans retard dans le chef-lieu de chaque canton. Si une fois les baillis nous voient en armes et bien décidés, croyez-moi, ils renonceront à combattre, et accepteront volontiers un sauf-conduit pour s'échapper de noire territoire.

STAUFFACHER

Gessler seul, je le crains, nous donnera fort à faire. 11 est entouré d'une troupe redoutable, et ne quittera pas la place sans eflusion de sang; même expulsé, il sera encore à craindre pour le pays. Il est difficile et presque dangereux de l'épargner.

BAUM6ARTEN.

Placez-moi où il y a danger de mort. Je dois la vie à Tell, qui m'a sauvé : je la risquerai volontiers pour mon pays. J'ai défendu mon honneur et satisfait mon cœur.

REDING

Le temps porte conseil ; attendez avec patience. Il faut ausâi laisser quelque chose à l'occasion.... Mais voyez, pendant que nous délibérons encore ici dans la nuit, l'aurore, au sommet des plus hautes montagnes, élève déjà ses brillants fanaux.. •<

Venez , séparons-nous avant que la clarté du jour nous surprenne.

WALTHBR FÛRST.

Ne craignez rien, la nuit se retire lentement des vallées. {ToiLS, par un mouvement iûvoUmtaire ^ ont découvert leurs tétes^ et contemplent Faurore dans un recueUlemefU silencieux.)

rôsseLmann.

Par cette lumière qui nous salue d'abord , avant tous ces peuples qui , bien bas au-dessous de nous , respirent péniblement dans les vapeurs des cités , jurons ensemble le serment de la nouvelle alliance.... Nous voulons être un seul peuple de frères, et ne nous séparer dans nul besoin, dans nul -danger. (Tous répètent ces paroles en levant trois doigts.).. ..Jious voulons être libres comme Tont été nos pères : plutôt la mort que de vivre dans Tesclavage! {Ils font de mime.).... Nous voulons nous confier au Très-Haut, et nous ne redouterons pas la puissance des hommes. {Ils font de même, puis Us s'embrassent les uns les auires.)

STAUFFACHER

Maintenant, que chacun s'en retourne paisiblement auprès de ses amis et de ses compagnons ordinaires. Que ceux qui sont bergers fassent hiverner en paix leurs troupeaux et gagnent sans bruit des amis à Talliance.... Ce qu'il y aura encore à endurer jusque-là, endurez-le. Laissez monter le compte des tyrans, jusqu'à ce qu'un même jour acquitte à la fois la dette commune et particulière. Que chacun dompte sa juste fureur, et garde sa vengeance pour la communauté. C'est voler le bien commun que de se défendre soi-même dans' sa propre cause. (Pendant qu'ils se retirent dans le plus grand calme de trois câtés différents ^ V orchestre fait éclater tout à coup une briUanie sympfuh nie; la scène vide reste encore otàverte quelque temps, et offre le speC" tacle du lever du soleil sur les glaciers.)

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