‹ Theatre de Schiller;Chapitre 234 sur 335 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

Une cour devant la maison de Tell.

TELL travaille avec une hache de charpentier; HEDWIGE est occupée d'un ouvrage domestique; WALTHER et GUILLAUME joii^iU avec une petite arbalète, dans le forui du théâtre,

WALTHER chante.

« Avec son arc et ses flèches, par monts et par vaux, le chasseur s*avance dès les premiers rayons du matin.

< Comme, dans Tempire des airs , Taigle des Alpes est roi , le chasseur règne librement par les monts et les ravins.

< L'espace est à lui : ce que sa flèche atteint est sa proie, ce qui rampe comme ce qui vole. » {Il vient en sautant.)

Ma corde est cassée; raccommode-la-moi, père.

Xon, pas moi. Un vrai chasseur sait se suflire. (Les Enfants sUioignent.)

HEDWIGE

Les enfants commencent de bonne heure à tirer.

TELL

U faut de bonne heure s'exercer, pour être maître un jour.

HEDWIGE

Ah! plût à Dieu qu'ils ne le fussent jamais!

TELL

11 faut qu'ils apprennent tout. Celui qui veut bravement se frayer sa route dans la vie doit être armé pour la défense et pour l'attaque.

SCHILLER. ~ TH. lU ^6

HEDWIGE

Hélas! aucun d*eux ne saura trouver son repos à la maison.

TELL

Je ne le sais pas non plus, mère. La nature ne m'a pas fait pour être berger : il faut que, sans relâche, je poursuive un but fugitif. Je ne jouis vraiment de la vie qu'en en faisant chaque jour de nouveau la conquête.

HEDWIGE

Et tu ne penses pas à l'anxiété de la mère de famille, qui cependant se désole , en ^attendant. Gtfr ce que nos gens se racontent de vos courses aventureuses me remplit d'honneur. Tu ne me quittes jamais que mon cœur ne tremble à l'idée de neplus te voir revenir. Je te vois égaré dans nos montagnes sauvages et glacées, risquer d'un rocher à l'autre le saut périlleux; je vois le chamois, bondissant en arrière, t'entratner avec lui dans l'abtme; une avalanche qui t'ensevelit; le glacier trompeur qui rompt sous tes pas, et tu tombes, enterré tout vivant, dans l'affreux précipice.... Ah! la mort, sous mille formes diverses, est toujours là pour saisir le téméraire chasseur des Alpes. C'est un malheureux métier que celui qui vous fait sans cesse côtoyer les abtmes, au péril de la vie.

TELL

Celui qui a des sens vifs et sains, à qui rien n'échappe, qui se lie en Dieu et dans sa souplesse et sa vigueur, celui-là se tire aisément de tout risque , jde tout besoin ; la montagne ne fait pas peur à qui y est né. {Ha fini son travail, et dépose son outil. ) Maintenant la porte, je pense, tiendra longtemps. Avec une hache chez soi on se passe du charpentier. {Il prend son chapeau.)

HEDWIGE

Où vas-tu î

TELL

A Altorf, chez ton père.

HEDWIGE

Mais n'as-tu aucun projet périlleux? Avoue-le-moi «

TELL

D'où te vient cette idée, femme?

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