‹ Theatre de Schiller;Chapitre 260 sur 335 · ACTE IV, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE II

HEDWiGE se jette dans ses bras, 0 mon père! et toi aussi tu Tas perdu 1 Le pays, nous tous, nous Tavons perdu. 11 nous manque à tous, hélas! et nous lui manquons. Que Dieu sauve son âme du désespoir ! Aucune des consolations de Tamitié ne pourra descendre jusqu'à lui dans la solitude de son cachot.... S'il tombait malade! Et dans la sombre humidité de sa prison, peut-il, hélas! ne pas tomber malade?... Comme la rose des Alpes pâlit et se fane dans un air marécageux, lui, de même, il ne peut vivre que dans la lumière du soleil et les courants balsamiques des montagnes. Prisonnier! lui! La liberté est son souffle même; il ne peut vivre dans les vapeurs des souterrains.

STAUFFACHER

Calmez- vous! Nous travaillerons tous à ouvrir sa prison.

HEDWIGE

Que pouvez-vous faire sans lui?... Aussi longtemps que Tell fut libre, oui, il y avait encore de Tespoir : en lui, l'innocence avait un ami, le persécuté un appui; Tell vous sauvait tous, et vous tous ensemble vous ne pouvez rompre ses chaînes. {U Baivn se réveille.)

BAUMGARTEN

Il remue, silence!

ATTINGHAUSEN, se redressant.

Où est-il?

Oui?

STAUFFACHER

ATTINGHAUSEN.

n me manque, il m'abandonne au dernier moment.

STAUFFACHER

Il veut parler de son neveu.... L'a-t-on envoyé chercher?

WALTHER FURST

On l'a fait prévenir.... Consolez-vous! son cœur a parlé, il csl à nous.

ATTINGHAUSEN.

A-t-il parlé pour sa patrie?

STAUFFACHER

Avec un courage de héros.

ATTINGHAUSEN.

Pourquoi ne vient-il pas pour recevoir ma dernière bénédiction ? Je sens que ma fin approche rapidement.

STAUFFACHER

Non, noble seigneur. Ce court sommeil vous a ranimé; votre regard s'est éclairci.

ATTINGHAUSEN.

La souffrance est encore de la vie; elle aussi m'a quitté. J'ai cessé de souffrir ainsi que d'espérer. {Il aperçoit l'Enfant.) Quel est cet enfant?

WALTHER FURST

Bénissez-le, seigneur. C'est mon petit-fils, et il n'a plus de père. {Hedwige se jette à genoux avec l* Enfant devant le mourant.)

ATTINGHAUSEN.

Et je vous laisse tous'ici sans père.. .. Malheur à moi ! Mes derniers regards ont vu la ruine de la patrie. Devais-je donc atteindre aux dernières limites de Tâge, pour mourir ainsi avec toutes mes espérances?

STAUFFACHER, à Walther Fûrst.

Le laisserons-nous quitter ce monde avec ce sombre chagrin? N'éclairerons-nous pas sa dernière heure d'un doux rayon d'espoir?... Noble baron, relevez votre cœur. Nous ne sommes pas tout à fait abandonnés , nous ne sommes pas perdus sans ressource.

ATTINGHAUSEN.

Qui vous sauvera?

WALTHER FÙRST.

Nous-mêmes. Écoutez! Les trois cantons se sont donné parole de chasser les tyrans. L'alliance est conclue; un serment sacré nous lie. On se mettra à l'œuvre avant que la nouvelle année commence son cours. Votre cendre reposera dans un pays libre.

ATTINGHAUSEN.

Oh! dites-moi, l'alliance est conclue?

MELCHTHAL.

Au même jour, les trois cantons se soulèveront. Tout est prêt, et le secret a été bien gardé jusqu'ici, quoique plusieurs centaines d'hommes y soient initiés. Le sol est miné sous les pas

Page 1