ACTE IV, SCÈNE IL
des tyrans; les jours de leur domination sont comptés, et bientôt on ne trouvera plus leur trace.
^ ATTINGHAUSEN.
Mais les forteresses des cantons ?
MELCHTHAL.
Elles tomberont toutes le même jour.
ATTINGHAUSEN.
Et les nobles ont-ils part a cette alliance?
STAUFFACHER
Nous comptons sur leur assistance au moment de l'action; mais jusqu'ici les paysans seuls ont juré.
ATTINGHAUSEN $6 (Ircsse lentement et montre une extrême
surprise.
Le paysan a osé former une telle entreprise, par ses propres moyens, sans le secours des nobles; il s'est fié à ce point à sa propre force?... oui, alors il n'est plus besoin de nous; nous pouvons descendre rassurés dans le tombeau. Elle vivra après nous.... elle veut se maintenir par d'autres forces, la vraie grandeur de l'humanité. (// pose la main sur la té.e de lEnfant, qui est agenouillé devant lui.) De cette tète, où la pomme fut placée, sortira pour vous, pleine de sève, la nouvelle et meilleure liberté. Le monde antique croule, les temps changent, et une vie nouvelle germe et fleurit au milieu des ruines.
STAUFFACHER, à Waltlier Fur st.
Voyez quel éclat illumine ses regards. Ce n est point là la défaillance de la nature , c'est déjà le rayon d'une vie nouvelle.
ATTINGHAUSEN.
La noblesse descend de ses antiques châteaux et jure aux villes le serment civique. Déjà l'Cchtland, la Turgovie ont donné l'exemple ; la noble cité de Berne lève son front dominateur; Fribourg, justifiant son nom*, est le rempart des hommes libres; Zurich, la ville active, transforme en troupe guerrière ses corporations armées.... La puissance des empereurs vient se briser contre ses murs invincibles.... (// prononce ce qui suit dun ton prophétique ; sa parole s^élève à l'accent de V enthousiasme.) Je
1. Fribourg (en allemand Freiburg) se oomposd des deux mots frei^ libre, et Durg, château fort.
vois les princes et les nobles seigneurs s'avancer, armés de toutes pièces , pour attaquer un peuple innocent de bergers. On combat à outrance, et maint défilé devient fameux par de sanglantes victoires. Le paysan se précipite, la poitrine nue, comme une victime volontaire, sur la forêt de lances. Il les brise , la fleur de la noblesse succombe, et la liberté lève son étendard triomphant. {Prenant les mains de Waliher Fûrst et de Stauffacher.) Ainsi donc, soyez fermement unis.... fermement et à jamais.... De toutes les communes libres , qu'aucune ne soit étrangère aux autres.... Placez des fanaux sur vos montagnes, pour que les cantons de l'alliance se réunissent sans retard.... Soyez unis.... unis.... toujours unis.... (// retombe en arrière sur lecaussin,.., ses mains inanimées tiennent encore les mains qu'il a saisies. Fûrst et Stauffacher le contemplent pendant quelque temps en silence, puis ils se retirent et s'abandonnent, chacun de son côté, à leur douleur. Cependant les Serviteurs ont pénétré silencieusement dans la chambre; ils s'approchent en exprimant, les uns avec plus de calme, les autres plus vivement, leur affliction; quelques-uns s* agenouUleht auprès de leur niaitre et baignent sa main de leurs larmes. Pendant cette scène muette , on sonne la cloche du cMteau.)
RUDENZ entre précipitamment.
Vit-il encore? Oh! dites, peut-il m entendre?
WALTHER FÛRST mautre le lit de mort en détournant le visage.
C'est vous qui êtes maintenant notre suzerain et notre protecteur, et ce château a changé de nom.
RUDENZ voit son oncle inanimé et s'arrête, saiH d^unevive douleur.
Oh! bonté du ciel! Mon repentir vient-il trop tard? Ne pouvait-il donc vivre quelques instants de plus pour voir mon cœur changé ? J'ai méprisé sa voix paternelle pendant qu'il marchait encore avec nous à la lumière du jour.... Il n'est plus, il nous a quittés à jamais, et me laisse cette lourde dette inacquittée.... Oh ! dites-moi , était-il , en sortant de ce monde , irrité contre jnoi?
STAUFFACHER
Il a encore appris, avant de mourir, ce que vous avez fait; il a béni le courage avec lequel vous avez parlé....
RUDENZ s'agenouille auprès du mort.
Oui , restes sacrés du meilleur des hommes, corps inanimé,