‹ Theatre de Schiller;Chapitre 262 sur 335 · ACTE IV, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE II

je te le jure sur cette main froide et morte.... j'aî rompu pour toujours tous les liens étrangers : je suis rendu à mon peuple , je suis désormais un Suisse et je veux l'être de toute mon ûme.... {Se levant.) Pleurez celui qui fut votre ami , notre commun père, mais ne désespérez pas. Ce n'est pas seulement sort héritage qui m'est échu : son cœur , son esprit descendent sur moi , et mon active jeunesse s'acquittera envers vous de ce que vous devaient encore ses cheveux blancs.... Vénérable père, donnez-moi la main ! vous la vôtre! et vous aussi, Melchthal! N'hésitez pas, oh! ne vous détournez pas! Recevez mon serment et ma promesse.

WALTHER FÛRST.

Donnez-lui la main. Son cœur, qui revient à nous, mérite confiance.

MELCHTHAL.

Le paysan n'était rien à vos yeux. Dites vous-même, que peut-on attendre de vous ?

RUDENZ.

Oh ! ne songez pas à Terreur de ma jeunesse.

STAUFFACHER, à Melchlhcil, « Soyons unis , » telle a été la dernière parole de notre commun père. Souvenez-vous-en !

MELCHTHAL.

Voici ma main. La poignée de main du paysan, noble seigneur , est aussi un engagement digne de foi. Que serait sans nous le chevalier? Notre ordre est plus ancien que le vôtre.

RUDENZ.

ie l'honore , et mon épée le protégera.

MELCHTHAL.

Le bras, seigneur baron, qui dompte la dure terre et en féconde le sein , peut aussi protéger la poitrine de l'homme.

RUDENZ.

Eh bien! vous protégerez ma poitrine et moi la vôtre , et ainsi nous serons forts l'un par l'autre.... Mais que sert de parler, lorsque la patrie est encore la proie de la tyrannie étrangère ? Quand une fois le sol sera délivré des ennemis, alors nous saurons bien nous accorder à l'amiable. {Après quelques moments de silence,) Vous vous taisez? Vous n'avez rien à me dire? Comment? Esl-ce que je ne mérite pas encore que vous vous fiiez à moi?

Il faut donc alors que je pénètre malgré vous dans le secret de votre alliance.... Vous avez tenu conseil..,, vous avez juré sur le Rùtlr....Je sais.... oui, je sais tout, tout ce qui s'y est fait, et votre secret, bien qu'il he m'eût pas été confié par vous , je l'ai gardé comme un dépôt sacré. Jamais , croyez-moi, je ne fus l'ennemi de mon pays, et jamais je n'aurais agi contre vous.... Maisvous avez eu tort de différer l'exécution : l'heure presse, et il est besoin d'agir sans retard.... Tell a déjà été la victime de votre délai....

STAUFFACHER

Nous avons juré d'attendre la fête de Noël.

RUDENZ.

Je n'y étais pas, je n'ai pas juré avec vous. Si vous attendei, moi j'agirai.

MELCHTHAL.

Quoi? Vous voudriez....

RUDENZ.

Je dois me considérer maintenant comme un des pères de h patrie , et mon premier devoir est de vous protéger.

WALTHER FURST

Le premier, le plus sacré de vos devoirs est de confier à la terre cette cendre précieuse.

RUDENZ.

Quand nous aurons affranchi la contrée, nous placerons, toute fraîche, sur son cercueil, la couronne de la victoire.... 0 mes amis , ce n'est pas seulement votre querelle , mais la jTiienne aussi que j'ai à vider avec le tyran.... Écoutez et apprenez! Ma Bertha a disparu ; par un attentat plein d'audace, on l'a furtivement enlevée du milieu de nous.

STAUFFACHER

Le tyran se serait-il vraiment permis une telle violence contre la noble et libre héritière ?

RUDENZ.

0 mes amis! je vous ai promis mon secours, et il faut que je commence par implorer le vôtre. Ma bien-aimée m'a été ravie, arrachée. Qui sait où le furieux la cache? h quelle violence se portera leur scélératesse pour contraindre son cœur à une alliance qu'elle abhorre? Ne m'abandonnez pas, oh! aidez-moi à

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