‹ Theatre de Schiller;Chapitre 303 sur 335 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

ont cours et d'autres coutumes. Ici, sur la terre de Pologne, règne la liberté; le roi lui-même, bien qu'il soit le premier par l'éclat du rang, n'est souvent que le serviteur de la puissante noblesse. En Russie , c'est la sainte autorité paternelle qui domine; l'esclave sert avec une passive obéissance

DÉMÉTRTUS.

La belle liberté que j'ai trouvée ici, je la veux transplanter dans ma patrie. Je veux des esclaves faire des hommes heureux, je ne veux pas régner sur des âmes d'esclaves.

LE ROI

Ne soyez pas trop prompt et apprenez à obéir au temps. Prince, pour adieu, écoutez encore de moi trois leçons! Suivezles fidèlement , quand vous arriverez à l'empire . C'est un roi qui vous les donne, un vieillard fort éprouvé, et votre jeunesse peut les mettre à profit.

Oh! enseignez-moi votre sagesse, grand roi! Vous êtes révéré d'un peuple libre.... que dois-je faire pour parvenir au même but?

LE ROI

....Vous venez d'une terre étrangère, ce sont les armes de l'étranger, de l'ennemi, qui vous amènent : c'est un premier tort qu'il faut réparer. Montrez-vous donc le vrai fils de la Moscovie, en respectant ses mœurs. Tenez parole aux Polonais et honorez -les, car vous avez besoin d'amis sur votre nouveau trône : le bras qui vous a rétabli pe;it vous renverser. Tenez-les en grande estime, mais ne les imitez pas. La coutume étrangère ne réussit pas dans un pays

Mais, quoi que vous entrepreniez.... honorez votre mère.... Vous retrouverez une mère....

DÉlfÉTRIUS.

0 mon roi !

LE ROI

Vous avez assurément de grands motifs de l'honorer finalement. Vénérez-la.... Elle forme entre vous et votre peuple un lien cher et sacré.... L'autorité des czars est afl'ranchie des lois

humaines ; ils n'ont rien k redouter que la nature : votre peuple ne peut avoir de votre humanité un meilleur gage que votre amour filial. Je ne dis rien de plus. Il reste encore beaucoup à faire, avant que vous ayez conquis la toison d*or. Ne vous attendez pas à une victoire facile

Le czar Boris règne avec force et autorité : ce n'est pas avec un efféminé que vous engagez la lutte. Celui qui s'est élevé au trône par son mérite, il n'est pas si facile au vent de l'opinion de l'en précipiter, et ses actions lui tiennent lieu d'ancêtres.... Je vous remets à votre bonne fortune. EUç vous a, deux fois déjà, sauvé par un miracle des mains de la mort; elle achèvera son œuvre et vous couronnera.

MARINA, ODOWALSKY.

ODOWALSKT^

Eh bien, madame, n'ai-je pas bien accompli ma t&che, et

louerez-vous mon zèle?

MARINA

Il est fort à propos que nous soyons seuls, Odowalsky; nous avons à traiter ensemble de choses importantes, dont le prince ne doit rien savoir. Qu'il suive la voix de Dieu qui le pousse ! Qu'il croie à lui-même , et le monde y croira aussi. Qu'il garde, lui, cet aveuglement qui est un principe de grandes actions.... Mais nous , il nous faut voir clair , il nous faut agir. Il nous donne son nom , son enthousiasme ; il faut que nous ayons pour lui de la raison , du sang-froid. Et quand nous nous serons assurés, par notre prudente h^tbileté^ d'un heureux résultat, qu'il continue de croire, s'il le veut» que son bonheur lui est tombé du ciel.

OnOWALSKT.

Ordonnez, madame! Je vis pour vous servir. Que m'importe, à moi, la cause du Moscovite? C'est à vous, à votre grandeur, à votre gloire, que je veux sacrifier mon sang et ma vie. Le bonheur ne fleurit pas pour moi ; dépendant, sans biens , |e ne puis élever mes vœux jusqu'à vous. Mais je veux mériter

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