ACTE I
votre faveur. Que vous faire grande soit mon unique pensée. Qu'un autre après cela vous possède; vous serez toujours mienne , si vous êtes uniquement mon ouvrage,
MARINA
Aussi mon cœur se repose-t-il entièrement sur toi. Tu es rhomme à qui je confie toute Inaction. Le roi n'est pas sincère. Je pénètre sa pensée.... Tout n'a lété qu'un jeu concerté avec Sapieha. Sans doute, il lui convient que mon père, dont il craint la puissance, s'affaiblisse dans cette entreprise, que la ligue de la noblesse, qui était redoutable pour lui, se précipite dans cette guerre étrangère , et y décharge ses menaces ; mais il veut, lui-même, rester neutre dans la lutte. Quant aux fruits du combat, il compte les partager avec nous, et, si nous sommes vaincus , il espère nous imposer d'autant plus aisément en Pologne le joug de sa puissance. Nous sommes seuls. Le sort est jeté. S'il songe à lui-même, nous songerons, nous, à nos intérêts. •
Tu conduiras les troupes à Kiow. Là, elles jureront fidélité au prince, et fidélité à moi : à moi, entends-tu? C'est une précaution nécessaire
ODOWALSKY.
MARINA
Ce n'est pas seulement ton bras que je veux , mais aussi tes yeux.
ODOWALSKY.
Ordonnez , parlez. . . . -
MARINA
Tu conduiras le czarowitsch , veille bien sur lui. Ne quitte jamais son côté, ta me rendras compte de chacun de ses pas.
ODOWALSKY.
Fiez-vous à moi , il ne sera jamais privé de ma présence.
MARINA
Nul homme n'est reconnaissant. Si une fois il se sent czar, il rejettera bien vite nos chaînes
504 DÉMÉTRIDS.
Le Russe hait le Polonais , doit le haïr ; il n'y a pas là de lien du cœur, de lien durable, à nouer
MARINA, ODOWALSKY, OPALINSKY, BIELSKY et plusieurs NOBLES POLONAIS.
OPALINSKY.
Procure-nous de l'argent , dame patronne , et nous marchons aussi. Cette longue diète nous a ruinés; nous te ferons reine de Russie.
MARINA
L'évêque de Kaminiec et de Kulm' avance de l'argent sur les terres et les serfs. Vendez , engagez vos domaines , vos paysans, faites argent de tout , dépensez-le en armes et en chevaux. La guerre est le meilleur marchand, elle convertit le fer en or.... Quoi que vous perdiez maintenant , vous le retrouverez au décuple à Moscou.
BIELSKY.
lis sont encore attablés là deux cents dans la salle d'auberge. Si tu te montres et vides un gobelet avec eux , ils sont à toi.... Je les connais.
MARINA
Attends-moi ! Tu m'y conduiras toi-même,
OPALINSKY.
Assurément , tu es née pour être reine.
MARINA
C'est vrai. Aussi fallait-il que je le devinsse....
BIELSKY.
Oui , monte toi-même sur la blanche haquenée, arme-toi, et, nt)uvelle Vanda*, conduis à une victoire certaine tes bandes courageuses.
MARINA
Mon esprit vous conduira. La guerre n'est pas pour les femmes. Le lieu de réunion est à Kiow. Mon père s'y rendra avec trois mille chevaux. Mon beau-frère en donne deux mille. Du Don
. ACTK I. 505
nous attendons une armée auxiliaire de cosaques. Me jurez-vous lidélité?
TOUS
Oui , nous jurons! ( Ils tirent leurs sabres. )