LES UNS. LES AUTRES
Vivat^Marina! fiussiœ Reginal
{Marina déchire son voile et le partage eiUre les Gentilshommes.)
Tous sortent j excepté Marina.)
MNISCHEK, MARINA.
MARINA
Pourquoi êtes-vôus si sérieux , mon père , quand la fortune cous rit , quand chacun de nos pas nous réussit à souhait, quand tous les bras s'arment pour nous ?
MNISCHEK.
Pour cela même ,.ma fille ! Tout est en jeu , tout. Dans cet armement s'épuise tout le pouvoir de ton père. Je n'ai que trop sujet d'y réfléchir sérieusement. La fortune est trompeuse , le résultat incertain.
MARINA
MNISCHEK.
Téméraire enfant, où m'as-tu entraîné? Que ton père est faible de n'avoir pu résister à tes instances ! Je suis le plus riche woiwode du royaume , le premier après le roi.... Ne pouvionsnous nous en tenir là, et jouir de notre bonheur, l'âme contente? Tes vœux se sont élevés plus haut.... Le sort modeste qui est échu à tes sœurs ne t'a point suffi. Tu as voulu atteindre au faite de la destinée humaine et porter une couronne. Moi, père trop faible, j'entasserais volontiers sur toi , que j'aime par-dessus tout, toutes les grandeurs; je me laisse égarer par tes prières et je livre au hasard un bonheur assuré!
MARINA
Comment?... Mon père chéri , te repens-tu de ta bonté? Qui
peut se contenter d'un plus humble destin , quand le plus grand de tous plane sur sa tête ?
BINISCHEK.
Pourtant tes sœurs ne portent point de couronnes , et elles sont heureuses
HABINA.
Quel bonheur est-ce là, de quitter la maison du woiwode, mon père , pour entrer dans la maison du palatin , mon époux ? Que gagné-je à ce changement? Et le jour prochain peut-il me réjouir , s'il ne m'apporte rien de plus que le jour présent ? 0 insipide retour du passé ! ennuyeuse monotonie de l'existence ! Vaut-il la peine d'espérer et d'aspirer? Il faut que ce soit l'amour ou la grandeur : tout le reste , à mes yeux , est également vulgaire.
MNISCHEK.
UARINA.
Éclaircis ton front , mon père chéri ! Fions^nous au flot qui nous porte ! Ne songe pas aux sacrifices que tu fais » songe au prix , au but atteint.... quand tu verras ta flUe, dans la pompe d'une czarine , assise sur le trône de Moscou , quand tes petitsfils régneront sur ce monde !
BINISCHEK.
Je ne pense qu'à toi, je ne vois rien que toi, ma fille, toi dans l'éclat du royal diadème. Tu le veux » je ne puis rien te refuser.
MAROfA.
0 le plus cher , le meilleur des pères, accorde-moi encore une prière.
MNISCHEK.
Que désires-tu, mon enfant?
MARINA
Faut-il que je demeure enfermée dans Sambor , le cœnr en proie à cette ardeur indomptable? C'est par delà le Dnieper que mon sort se décidera.... d'immenses espaces m'en séparent.... Puis-je le supporter ? Oh ! mon âme iippatiente sera livrée aux