ACTE II, SCÈNE Vni
HOBTIUEB.
Et VOUS nullement d'imiter la grandeur d'âme de Norfolk.
LEICESTER
Norfollc n*a pas conduit chez lui sa fiancée.
MORTIMER
Il a prouvé qu'il en était digne.
LEICESTER
nous l'entratnons après nous.
MORTIMER
is, elle ne sera point sauvée.
LEICESTER
Vous ne réfléchissez pas, vous n'écoutez pas; vous détruirez, par cette aveugle et impétueuse violence , tout ce qui était mené par une si bonne voie.
UORTIHER.
Par la bonne voie sans doute que vous avez frayée? Qu'avezvous donc fait pour la sauver?... Eh quoi t Si j'avais donc été assez scélérat pour l'assassiner , comme la reine me l'a commandé , comme , à cette heure , elle l'attend de moi.... ditesmoi , je vous prie , quelle mesure vous aviez prise pour sauver sa vie.
LEICESTER , itotmé.
La reine vous a-t-elle donné cet ordre sanglant?
MORTIMER
Elle s'est méprise sur moi , comme Marie sur vous.
LEICESTER
Et vous avez promis ? Avez-vous promisî
MORTIMER
Pour qu'elle n'achetât point d'autres mains, j'ai offert la mienne.
LEICESTER
Vous avez bien fait. Cela peut nous mettre à l'aise. Elle se repose sur votre sanglant service, l'arrêt de mort reste inexécuté , et nous gagnons du temps....
MORTiBiER, avec impatience.
Non , nous perdons du temps !
LEICESTER
Elle compte sur vous, elle hésitera d'autant moins à se don-
ner aux yeux du monde un air de clémence. Peut-être lui persuaderai-je par artifice de voir sa rivale , et cette démarche lui liera nécessairement les mains. Burleigh a raison. Le jugement ne peut plus être exécuté , si une fois elle Ta vue.... Oui, je . l'essayerai , je mettrai tout en œuvre....
Et qu'obtiendrez-vous par là ? Si elle voit qu'elle s'est méprise sur moi , si Marie continue de vivre.... tout ne revient-il pas au même état qu'avant? Jamais elle ne sera libre. Ce qui peut lui arriver de plus doux est une prison perpétuelle. Il faudra pourtant que vous finissiez par un coup hardi. Pourquoi ne voulezvous pas tout de suite commencer par là ? Le pouvoir est dans vos mains ; vous rassemblez une armée , si seulement vous voulez armer la noblesse de vos nombreux domaines. Marie a encore beaucoup d'amis cachés. Les nobles maisons des Howard et des Percy , bien que leurs chefs soient abattus , sont encore riches en héros ; elles attendent seulement qu'un lord puissant leur donne l'exemple. Arrière la dissimulation! Agissez ouvertement. Défendez en chevalier celle que vous aimez , combattez pour elle un noble combat ! Vous serez maître de la personne de la reine d'Angleterre dès que vous voudrez. Attirez-la dans vos châteaux, elle vous y a souvent suivi. Là, montrez -lui que vous êtes homme! Parlez en maître. Retenez -la sous bonne garde , jusqu'à ce qu'elle ait donné la liberté à Marie Stuart.
LEICESTER.'
Je suis stupéfait, épouvanté.... Où vous entraîne ce vertige ?... Connaissez-vous ce sol? Savez-vousoù l'on en est dans cette cour , de quels liens étroits cette domination de femme a enchaîné les esprits? Cherchez l'héroïsme qui jadis, sans doute, animait cette contrée. Tout est sous la clef d'une femme, et les ressorts de tous les courages sont détendus. Suivez ma direction. Ne hasardez rien à la légère.... J'entends venir. Allez.
MORTIMER
Marie espère. Retournerai-je auprès d'elle avec de vaines consolations ?
LEICESTER
Portez-lui les serments de mon éternel amour.