‹ Theatre de Schiller;Chapitre 325 sur 335 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

La duchesse rentre, pleine de colère et d'amertume, dans son palais. Le bonheur et Taudace de Warbeck ont accru la haine qu'elle avait contre lui. La nouvelle qu'elle a reçue de l'évasion de la Tour de Londres du vrai Plantagenét lui permet de se passer de l'imposteur. Elle est résolue à le laisser tomber et commence sur-le-champ par défendre avec dureté à la princesse , qui l'a suivie, de songer à lui ; elle élève même un doute sur la personne de son amant. Warbeck se fait annoncer; elle renvoie la princesse, 'qui demande en vain à rester, et qui se retire tout en larmes.

Warbeck et la duchesse. Warbeck, enhardi par son bonheur et comptant sur ses partisans, exalté en outre par son amour, et résolu de mettre un terme à la situation intolérable où il s'est trouvé jusqu'ici, prend avec la duchesse un ton assuré, et se risque à lui demander compte de la conduite contradictoire qu'elle tient à son égard. Elle s'étonne de sa hardiesse et le traite avec le plus profond mépris. Plus elle cherche à l'humilier, plus il lui montre d'indépendance. — Il s'appuie sur ce que c'est elle qui l'a tiré de sa condition privée, où il était heureux, pour l'élever à cette place ; c'est un devoir pour elle de l'y maintenir, elle n'a pas le droit de se jouer de son sort.

Les réponses de la duchesse montrent son insensibilité , son orgueil de princesse , son âme froide et égoïste ; elle ne s'est jamais souciée de son bonheur , il n'a été que l'instrument de ses plans, et elle le rejette, dès qu'il lui est inutile. Mais cet instrument a une existence propre, et ce qui l'a rendu apte à jouer le rôle de prince est précisément ce qui lui donne la force de se soustraire à une honteuse dépendance. La duchesse se voit

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enfin contrainte de cacher sa rage intérieure, et elle le quitte, réconciliée en apparence, mais la colère et la vengeance dans le cœur.

La princesse , par crainte d'un hymen odieux , et. parce qu'elle renonce à tout espoir de rien obtenir de la bonté de la duchesse, est précipitée violemment dans les bras de l'imposteur. Pleine de confiance en sa personne , elle vient elle-même lui proposer un enlèvement. Elle lui montre toute sa tendresse et s'aban* donne , sans nul soupçon , a son honneur et à son amour. Elle lui nomme le comte Rildare , un vieillard respectable , un ancien ami de la maison d'York ; c'est près de lui qu'ils se réfu* gieront ensemble. Elle lui remet tout ce qu'elle possède d'objets précieux. Plus elle lui montre de confiance , plus il est torturé par le sentiment de son imposture. Il n*ose accepter la main qui lui est offerte » il ose encore moins hasarder Taveu de la vérité; sa lutte est terrible ; il l'abandonne , désespéré.

Elle demeure seule , étonnée d'une telle conduite , et se fait des reproches d'être allée peut-être trop loin ; elle trouve son excuse dans le danger , dans son amour.

Plantagenêt entre en scène , jetant autour de lui des regards timides et effrayés , et saluant , avec une émotion douloureuse , ce cher séjour de famille. Il aperçoit les portraits de la maison d'York , s'agenouille devant eux , et pleure sur sa race et sur son propre sort.

Warbeck revient , résolu de tout dire à la princesse. Il aperçoit Plantagenêt à genoux , s'étonne , le regarde fixement et entre en conversation avec lui. Ce qu'il entend , ce qu'il voit augmente son effroi et son étonnement.

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