‹ Theatre de Schiller;Chapitre 34 sur 335 · ACTE II, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IX

les yeux perçants.... de voir à quel point elle le cède aussi pour la noblesse de la beauté à celle qui l'emporte si infiniment sur elle par toutes les plus hautes vertus.

ELISABETH

Par le nombre des années, elle est la plus jeune.

LEICEST^R.

Plus jeune! Pas à la voir. Sans doute ses souffrances! Elle peut bien avoir vieilli avant le temps, oui, et ce qui rendrait son chagrin plus amer, ce serait de vous voir comme fiancée. Les belles espérances de la vie sont maintenant derrière elle, et elle vous verrait marcher au-devant du bonheur.... Et fiancée avec un royal fils de France, elle qui toujours s'en est tant fait accroire et s'est montrée si fière de son alliance française , qui maintenant encore compte sur le puissant appui de la France! ELISABETH, laissant tomber négligemment ses paroles.

Eh! mais on me persécute pour que je la voie.

LEiCESTER, vivemenU

Elle le demande comme une faveur, accordez-le-lui comme un châtiment! Vous pouvez la conduire sur Téchafaud , ce lui sera une moindre torture que de se voir effacée par vos charmes. Par là vous la tuez, comme elle a voulu vous tuer..,. Quand elle verra votre beauté , gardée par l'honneur, glorifiée par ce renom de vertu sans tache que, dans sa frivole galanterie, elle a rejeté loin d'elle, rehaussée par l'éclat de la couronne, et parée maintenant du tendre attrait de fiancée.... alors aura sonné pour elle l'heure de l'anéantissement. Oui.... lorsqu'à présent je jette les yeux sur vous.... jamais vous n'avez été mieux armée pour le triomphe.de la beauté qu'en ce moment.... Moimême, vous m'avez ébloui comme une apparition lumineuse, quand tout à l'heure vous êtes entrée dans cette chambre.... Eh quoi? si à l'instant même, si maintenant, comme vous voilà, vous vous avanciez devant elle, vous ne pouvez trouver une heure plus favorable...

ELISABETH

Maintenant.... Non.... non.... Pas maintenant, Leicester.... Non , il faut d'abord que je réfléchisse.... avec Burleigh....

LEICESTER, l* interrompant vivement.

Burleigh! 11 ne pense, lui, qu'à l'intérêt de votre royaume;

mais comme femme vous avez aussi vos droits. Ce point délicat est de votre ressort, oon de celui de Thomme d'État.... Oui, la politique aussi veut que vous la voyiez , que vous vous conciliiez l'opinion publique par un acte de magnanimité! Vous pourrez ensuite vous défaire , de la manière qu'il vous plaira, d'une ennemie odieuse.

ELISABETH

Il ne me siérait pas de voir une parente dans le dénûment et la honte. On dit qu'il n'y a rien de royal autour d'elle : l'aspect de son dénûment serait un reproche pour moi.

LEICESTER

Vous n'avez pas besoin d'approcher de son seuil. Écoutez mon conseil. Le hasard a tout disposé à souhait. C'est aujourd'hui la grande chasse , le chemin passe devant Fotheringhay . La Stuart pourra se promener dans le parc, vous arrivez là comme par hasard, il faut que rien ne semble projeté d'avance, et , si cela vous répugne , vous ne lui adresserez même pas la parole....

ELISABETH

Si je fais une folie, elle sera vôtre, Leicester, et non mienne. Je ne veux aujourd'hui vous refuser aucun désir, parce que vous êtes de tous mes sujets celui à qui j'ai fait le plus de peine aujourd'hui. {Le regardant avec temlresse.yQusLïid ce ne serait qu'un caprice à vous.... l'affection ne se révèle-t-elle pas en accordant par une libre faveur, même ce qu'elle n'approuve pas? {Leicester se jette à ses pieds. La toile tombe»)

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