SCENE I
MXRIE S* avance^ en courant rapidement, de derrière les arbres; HANNA KENiNEDY suit lentement.
KENNEDY
Mais vous courez comme si vous aviez des ailes; je ne puis pas vous suivre ainsi, attendez donc.
MARIE
Laisse-moi jouir de ma nouvelle liberté, laisse-moi être enfant, sois-le avec moi, et essayer sur le vert tapis des prairies lagilité de mes pas ailés. Suis-je donc échappée de ma sombre prison? Ne me retient-il plus, ce triste tombeau? Laisse-moi, dans ma soif ardente, boire à longs traits le grand air, Tair du ciel.
KENNEDY
O ma chère lady ! Votre prison est seulement tant soit peu élargie. Vous ne voyez plus le mur qui nous enferme, parce que répais feuillage des arbres vous le cache.
MAKIE.
Oh! grâces, grâces soient rendues à Taimable verdure de ces arbres qui me cachent les murs de ma prison! Je veux rêver la liberté, le bonheiu*, pourquoi m'éveiller de ma douce illurfon? • L'ample voûte des cieux ne m'entoure-t-elle pas ? Mes regards libres et sans liens se promènent dans d* immenses espaces. Là où s'élèvent ces montagnes grises et nébuleuses, là commence la frontière de mon royaume, et ces nuages poussés vers le sud,
ils cherchent au loin Tocéan'de France. Nuages rapides, flotte aérienne, que ne peut-on voyager, voguer avec vous ! Saluez tendrement pour moi le pays de ma jeunesse. Je suis captive, je suis dans les chaînes. Ah! je n'ai pas d'autre messager! Votre course est libre dans les airs, vous n'êtes pas soumis à cette reine. -
KENNEDY
Ah! chère lady! Vous êtes hors de vous; cette liberté, qui si longtemps vous manqua, égare vos sens.
MARIE
Là-bas un pêcheur amarre sa barque. Cette misérable nacelle pourrait me sauver, me porterait rapidement dans des villes amies. Elle procure à ce pauvre homme une chétive existence ; moi, je le chargerais de trésors, jamais il n'aurait fait un tel coup de filet, il trouverait la fortune dans ses rets, s'il me prenait dans son canot sauveur.
Souhaits perdus! Ne voyez-vous point ces pas qui de loin nous suivent et nous épient? Un ordre sinistre et cruel éloigne de notre chemin toute créature compatissante.
MARIE
Non, bonne Hanna! Crois-moi, ce n'est pas en vain que la porte de mon cachot s'est ouverte. Cette petite faveur est pour moi le présage d'un bonheur plus grand. Je ne me trompe pas. C'est à l'active main de l'amour que je la dois; je reconnais là le bras puissant de lord Leicester. On veut élargir peu à peu ma prison, par ce peu de bien m'habituer à mieux, jusqu'à ce qu'enfin je contemple le visage de qui rompra mes liens pour toujours.
KENNEDY
Ah! je ne puis m'expliquer cette contradiction. Hier encore, on venait vous annoncer la mort, et aujourd'hui on vous donne tout à coup une telle liberté. On ôte aussi les chaînes, m'a-t-on dit, à ceux qu'attend l'éternelle liberté.
MARIE
Entends-tu le cor de chasse? Entends-tu retentir son puissant appel par les champs et les bois? Ah! que ne puis-je m'élanc:er sur un coursier fougueux, me joindre à celte troupe joyeu;
aJ^e?
Si VOUS m'aviez déclarée votre héritière, selon mes droits, la reconnaissance et l'amour vous auraient conservé en moi une amie, une parente fidèle.
ELISABETH
Vos amitiés, lady Stuart, sont au dehors; votre maison est le papisme, les moines sont vos frères.... Vous déclarer mon héritière! Piège perfide! afin que, àfi mon vivant, vous séduisiez mon peuple, et qu'artificieuse Armide, vous enlaciez adroitement dans vos galants filets la noble jeunesse de mon royaume. .. . afin que tout se tourne vers le soleil levant, et que moi...,
MARIE
Gouvernez en paix! Je renonce à toute prétention sur ce royaume. Ah! les ailes de mon âme sont paralysées, la grandeur ne m'attire plus.... Vous avez atteint le but, je ne suis plus que l'ombre de Marie.... Le long opprobre de la prison a brisé TA fierté de mon cœur.... Vous avez achevé voire œuvre surosôl, vous m'avez détruite dans ma fleur.... Maintenant, finissez, ma sœur! Dites ce mot pour lequel vous êtes venue; car Jamais je ne croirai que vous soyez venue ici pour railler cruellement votre victime. Dites-moi : « Vous êtes libre, Marie! Vous avez senti ma puissance , iapprenez maintenant à honorer ma générosité. » Dites-le, et je recevrai la vie, la liberté, comme un présent de votre main.... "Un mot annule tout ce qui est arrivé. Je l'attends. Oh! ne me le faites pas attendre trop longtemps! Malheur à vous si vous ne terminez point par ce mot! car si, à cette heure , Vous ne vous séparez de moi comme une divinité bienfaisante, auguste.... ma sœur! non, pour toute cette riche île, pour tous les pays que la mer embrasse, je ne voudrais pas me tenir là devant vous comme vous êtes devant moi!
ELISABETH
Vous reconnaissez-vous enfin vaincue? En est-ce fkit de vos intrigues? N'y a-t-il plus de meurtrier en route? plus d'aventurier qui veuille encore se faire votre triste chevalier?... Oui, c'en est fait, lady Marie; vous ne me séduirez plus personne; le monde a d'autres soins; nul n'a envie d'être votre.... quatrième mari, car vous tuez vos prétendants comme vos maris!
MARIE, éclatant.
Ma sœur! ma sœur! 0 Dieu! Dieu! donne-moi la modération!