‹ Theatre de Schiller;Chapitre 66 sur 335 · ACTE V, SCÈNE Vil · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE Vil

breuvage, en céleste boisson. {Il saisU la coupe qui est placée sur la table.)

MARIE

Melvil, est-ce que je vous comprends?... Oui, je vous comprends! Il n*y a point ici de prêtre, point d*église, point de sainte hostie.... mais le Sauveur dit : < Où deux personnes sont assemblées en mon nom, je suis présent au milieu d'elles. > Qu'est-ce qui consacre le prêtre et fait de lui l'organe du Seigneur? Le cœur pur, une conduite sans tache.... Ainsi vous êtes pour moi, quoi- ({ue non consacré, un prêtre, un messager de Dieu qui m'apporte la paix.... Je veux vous faire ma dernière confession, et votre bouche m'annoncera le salut.

MELVIL

Si votre cœur vous y pousse avec tant de puissance, sachez, reine, que Dieu, pour votre consolation, peut bien faire même un miracle. Il n'y a point ici de prêtre, dites-vous, point d'église, de corps du Seigneur?... Vous vous trompez. Il y a ici un prêtre, et un Dieu est ici présent. (// se découvre la tète à ces mots^ et en même temps il lui montre une hostie dans un vase dCor.) .... Je ^uis prêtre : pour entendre votre dernièrfe confession, pour vous annoncer la paix sur le chemin de la mort, j'ai reçu sur ma tête les sept consécrations ; et cette hostie , je vous l'apporte de la part du saint-père : il l'a lui-même consacrée.

MARIE

Oh ! alors il fallait donc que, sur le seuil même de la mort, un bonheur céleste me fût encore préparé ! Comme un immortel descend sur des nuages d'or, comme autrefois l'ange tira TapAtre des liens de la prison. ... ni les verrous , ni l'épée des gardes ne l'arrêtent ; il s'avance puissamment à travers les portes fermées, et le voilà qui apparaît tout brillant dans la prison.... Ainsi me surprend ici le messager du ciel, quand tout sauveur terrestre m'a déçue.... Et vous, mon serviteur autrefois, vous êtes maintenant le serviteur du dieu Très-Haut et son organe sacré. Gomme autrefois vos genoux se pliaient devant moi, me voici maintenant dans la poussière devant vous. {Elle tombe à genoux devant lui.)

MELVIL, faisant sur elle le signe de la croix.

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit! Marie, reine,

avez-vous sondé votre cœur? Jurez-vous et promettez-vous de confesser la vérité devant le Dieu de vérité ?

MARIE

Mon cœur est ouvert devant vous et devant lui.

MELVIL

Parlez, de quel péché vous accuse votre conscience, depuis la dernière fois que vous vous êtes réconciliée avec Dieu ?

MARIE

Mon cœur était rempli d*une haine jalouse, et des pensées de vengeance s'agitaient dans mon sein. Pécheresse, j*espérais de Dieu le pardon, et je ne pouvais pardonner à ma rivale.

BIELVIL.

Vous repentez-vous de votre faute, et est-ce votre ferme résolution de sortir de ce monde sans ressentiment?

BIARIE.

Aussi vrai que j'espère le pardon de Dieu.

MELVIL

Quel autre péché vous reproche votre cœur ?

MARIE

Ah ! ce n*est pas seulement par la haine, mais plus encore par un coupable amour que j'ai offensé la bonté suprême. Mon cœur vain s'est laissé entraîner vers l'honmie qui m'a perfidement abandonnée et trompée.

MELVIL

Vous repentez-vous de votre faute, et votre cœur s'est-il détourné de la vaine idole, pour revenir |à Dieu?

MARIE

C'est le plus rude combat que j'aie eu à soutenir; le dernier lien terrestre est rompu.

MELVIL

De quelle autre faute vous accuse votre conscience?

MARIE

Hélas ! une faute ancienne, faute sanglante, confessée depuis longtemps.... elle revient m'obséder avec une nouvelle force d'épouvante, au moment du dernier compte, et se roule, à mes yeux, noire et sinistre, devant la porte du ciel! J'ai laissé égorger le roi, mon époux, et j'ai donné au séducteur mon cœur et ma main. J'ai expié rigoureusement mon crime par tous les

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