‹ Theatre de Schiller;Chapitre 67 sur 335 · ACTE V, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VII

châtiments de TËglise , mais, dans mon âme, le ver rongeur ne veut pas s*assoupir.

MELVIL

Votre cœur vous accuse-t-il de quelque autre péché que vous n'ayez pas encore confessé ni expié?

MARIE

Vous savez maintenant tout ce qui pèse sur mon cœur.

MELVIL

Songez à la présence de celui qui sait tout ! Songez aux châtiments dont la sainte Église menace la confession incomplète ! C'est là le péché qui entraîne la mort éternelle, car c'est pécher contre le Saint-Esprit.

MARIE

Que la grâce éternelle m'accorde la victoire dans le dernier combat, aussi vrai que je ne vous ai rien tu sciemment !

MELVIL

Comment? Vous cachez à votre Dieu le crime pour lequel les hommes vous punissent? Vous ne me dites rien de votre participation sanglante à la haute trahison.de Babington et de Parry? Vous mourez pour ce fait, de la mort temporelle; voulez-vous, pour Fexpier, mourir aussi de l'éternelle mort ?

MARIE

Je suis prête à entrer dans l'éternité. Avant que l'aiguille qui marque les minutes recommence son tour, je paraîtrai devant le trône de mon juge ; je le répète pourtant : ma confession est achevée.

MELVIL

Réfléchissez-y bien. Le cœur est trompeur. Vous avez peutêtre, par une duplicité perfide, évité le mot qui vous rendrait coupable, tout en ayant part au crime par la volonté. Mais sachez qu'aucune ruse ne trompe l'œil de flamme qui voit dans les cœurs.

MARIE

J'ai appelé tous les princes à me délivrer de mes liens indignes; mais jamais, ni d'intention, ni de fait, je n'ai attenté à la vie de mon ennemie.

MELVIL

Ainsi le témoignage de vos secrétaires serait faux?

MARIE

Ce que j'ai dit est la vérité. Quant à leur témoignage, que Dieu le juge!

BIELVIL.

Ainsi vous montez sur Féchafaud, assurée de votre innocenœ?

MARIE

Dieu me fait la grâce d'expier par cette mort imméritée la faute grave , la dette de sang de ma jeunesse.

MELViL la bénit.

Allez donc et expiez-la en mourant ! Tombez , victime résignée, devant l'autel! Le sang peut racheter le crime du sang. Vous n'avez péché que par la fragilité de la femme ; les faiblesses de l'humanité ne suivent pas l'esprit bienheureux dans sa gloire. Mais moi , je vous annonce , en vertu du pouvoir qui m'est accordé de délier et de lier, la rémission de tous vos péchés ! Qu'il vous soit fait selon que vous avez cru ! ( Il lui présente Vhostie.) Prenez ce corps qui a été immolé pour vous. (// prend le calice qui est posé sur la table ^ le consacre par une muette prière^ puis le lui présetUe. Elle hésite à le. recevoir y et V écarte par un signe de la main.) Prenez ce sang qui à été versé pour vous; prenez! Le pape vous accorde cette faveur. Il veut que dans la mort vous exerciez encore ce droit suprême des rois , le droit sacerdotal. {Elle reçoit le calice,) Et comme en ce moment, dans ce corps terrestre, vous vous êtes unie mystérieusement à votre Dieu, ainsi, là-haut, dans son royaume de joie, où il n'y aura plus ni faute, ni pleurs, vous serez réunie à jamais , bel ange de lumière, à la divinité. (// dépose le calice. On enr tend un bruit , il se couvre la tête et va à la porte. Marie demeure à genoux^ dans un pieux recueillemerU.)

MELVIL, revenant.

Il vous reste encore un rude combat à soutenir. Vous sentez-vous assez forte pour vaincre tout mouvement d'amertume et de haine!

liARIE.

Je ne crains aucune rechute. J'ai sacrifié à Dieu ma haine et mon amour.

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