‹ Théatre de sociétéChapitre 16 sur 113 · LA MARQUISE, LE BARON · texte numérisé non relu

LA MARQUISE, LE BARON

LE BARON

OcJl, madame , je crois que dans deux jours au plus tard je prendrai congé de vous, pénétré de la bonté généreuse....

LA MARQUISE

Vous n'avez rien appris de nouveau...?

LE BARON

Non, mais j'attends un homme plein d'intelligence et d'activité , et que j'ai chargé de parcourir cette province....

LA MARQUISE

Vous l'attendez...?

A chaque instant.... et je ne doute pas qu'il ne m'apporte enfin une partie des éclaircissemens que je désire.... Peut-être ce soir même serai-je assuré de ma vengeance....

LA MARQUISE

Votre vengeance.... ! Eh quoi! et vous persistez dans ce dessein cruel...!

LE BARON

Si je persiste... ! ali ! je ne vis que pour l'accomplir....

LA MARQUISE

Puisse le ciel tromper cet espoir inhumain.. ! Pardonnez... ma franchise... Mais, je vous l'avoue, la vengeance me fait horreur....

LE BARON

Celle que je poursuis est juste, elle peut devenir utile à ma patrie...; elle offrira du moins un exemple fait pour modérer l'extravagante fureur du duel....

LA MARQUISE

Non , non , ce ne sont point des punitions qui pourraient détruire un abus dont l'honneur seul est le principe. . . . Mais laissons de vaines discussions... n'écoutez que l'humanité.

LE BARON

Privé du seul objet qui pouvait l'atta^ cher, ce cœur infortuné n'est plus ouvert qu'à la haine... ! Oui, oui, avant de descendre dans la tombe , je verrai périr sur un échafaud le fatal auteur —

LA MARQUISE

Arrêtez — je ne puis vous entendre... .

{ A part. ) Ci\e\ je suis prêle à me

traliir...

LE BARON

Mais pouvez-vous me condamner? n'êlesvous pas mère... ? il me semble même que vous avez un fils... ?

LA MARQUISE, avec cffioi.

Un fils... ! Qui vous a dit.... (^ A part,) Je sens que je me meurs....

LE BARON, surpris.

Eh quoi donc! madame.... Comment une question si simple.... peul-elle... ?

LA MARQUISE

C'est ime faiblesse.... j'en conviens....

Mon fds est loin de moi.... je pensais qu'il

«•si exposé aux danj^ers dont le vôire vient

d'être la vicliine. . . . Celle idée est si

cruelle....'

Eh bien! madame, songez donc à tout ce que vous éprouveriez contre celui qui voQS ravirait un enfant si cher... !

LA MARQUISE

11 me coûterait la vie, mais n'aurait rien à craindie de mon ressentiment....

COMÉDIE. (î^

LE iJAiiON.

y^s n'ayeif; p^is J^iciees de celle siiiiaubn....

LAMARQUISE, à part

Héjas....!

LE BAROJV.

S^ VOUS éliez à ma place....

LA MARQUISE

Je ne poursuivrais point un jeune infortune.... le seul espoir peul-êire d'une malheureux ianùUe....

LE BARON

Il est l'assassin de mon fils.... !

LA MARQUISE

L'assassin.... !

LE BARON

Qui peut m'empéclier de croire qu'un homme incoimu, un aventurier, qui fut l'agresseur de la plus injuste querelle , n'aura fait succomber mon fils sous ses coups qu'en employant quelque infâme trahison.... ?

LA MARQUISE, vivcmejj t.

Lui...! pouve?-vous penser...! (D'un tan plus calme. ) Ne m'avez -vous pas dit qu'ils parurent ensemble de Valenciennes, que M. votre iîls proposa au chevalier de Mir ville de prendre des témoins , ou du

moins cliacûn un de leurs gens; que ce dernier répondit qu'il n'avait point de domestique; qu'il ne voulait point de confident , mais que M. de Sënanges pouvait emmener son valet de chambre, ce qui en effet s'exécuta de cette manière ; que le chevalier de Mirville avait ajouté que, s'il était blessé, il s'en rapportait à son adversaire même pour lui donner les secours nécessaires , et que, s'il avait l'avantage du combat , M. de Sénanges aurait un valet de chambre pour le soigner....? J'avoue que Je ne vois dans toute cette conduite que beaucoup d'imprudence , d'étourderie et de générosité....

LE BARON

La réputation de mon fils rendait cette prétendue générosité fort simple... : d'ailleurs qui sait même si cette apparente confiance ne cachait pas quelque noir complot....? Pourquoi n'ai-je reçu aucunes nouvelles de ce valet de chambre qui suivit mon malheureux fils ?

LA MARQUISE

11 a craint sans doute votre colère....

LE BARON

11 m'eût écrit du moins.... s'il n'eût pas sans doute perdu la vie lui-même.... Oui,

tout semble me prouver que mon fils ne

m'est enlevé que par le plus lâche des

assassinais....

LA MARQUISE

Dieu....! à quels excès vous emportent la haine et le ressentiment.... !

LE BARON

En vain vous voulez les combattre, chaque réflexion les aggrave....! j'ai juré de me venger , je tiendrai mon serment ; il n'est point d'asile , il n'est point de retraite , qui puissent sonslraire à ma vengeance le meurtrier de mon fils.... ! il périra... ! Mais que vois-je, madame? vous êtes prête à vous trouver mal, vous palissez.... !

LA MARQUISE

Qui, moi....? non....

LE BARON

Vous chancelez.... Ses yeux se ferment, elle va tomber.... Il faut la secourir.... (// s'approche et la soutient dans ses bras. )

LA MARQUISE, Je repoussant avec horreur.

Ah! laissez-moi.... laissez -moi....

LE BARON

Quel égarement se peint dans ses regards.... !

LA MAK{^UISE,àpart.

O malheureuse.... ! où fuir, où me caclier....! (^Haut.) Je suis mieux ù présent.... c'était.... un éblouissement — un de ces accidens.... auxquels je suis su jette... {A part.) 11 ne répond rien....! Ali ! «on silence m'épouvante encore plus que ses cruels discours.... !

LE BARON , sortant d'une profonde lèvenc.

Vous devez, madame > avoir besoin de repos.... Mais j'entends la voix de mademoiselle votre fille,' je vous laisse avec elle, et, dans un moment, je reviendrai savoir de vos nouvelles. ( // sort. )

LA MARQUISE

Comme il me quitte brusquement.^. ! Il rêvait... Ciel! me serais- je trahie! Ah! s'il est vrai, grand Dieu, arrache-moi dans cet instant une vie abhorrée... !

COMÉDÎE.

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