‹ Théatre de sociétéChapitre 35 sur 113 · SCÈNE Yin · texte numérisé non relu

SCÈNE Yin

PAULINE, ROSE

Mademoiselle....!

PAULI?iC.

Eh bien....?

ROSE

Bonne nouvelle, bonne nouvelle....

i34 LACLTJEUSE,

PAULINE Dieu....! mon frère...! achevez....

ROSE

Où étes-vous donc ? 11 fait si noir.... !

PAULINE

Approchez.... [Elle fait quelques pas.) Mon frère, où esl-il....?

ROSE

Tout est fini, tout est raccommode....

PAULINE

Est - il possible ? ne m'abusez - vous

point. ... ?

ROSE

Ils sont tous contens.... J'ai vu de mes deux yeux M. le baron de Sénanges embasser, en pleurant, M. le chevalier....

PAULINE

Mon frère.....'*

Oui, lui-même. Oh! ce n'est pas là

tout Mais vous cliancelez; mon Dieu!

vous allez tomber.... !

PAULINE

Ah Rose ! ma chère Rose ! embrassezmoi; héJas! je n'ai plus que vous qui puissiez partager ma joie et ma douleur !

CO?,IÊDlE. i35

ROSE

Asseyez-vous donc , mademoiselle , vous êles toute tremblante....

PAULIjNE.

Le baron de Sénanges embrasser mon frère...! eh! quelle cause miraculeuse a donc pu produire cet heureux changement? ROSE.

Ce fils de M. le baron n'est pas tué... .7

Toui au contraire , il se porte mieux que

M. le chevalier ; il est arrivé tout d'un coup

au moment même où son père allait partir,

malgré les pleurs et les gémissemcns de

madame....

PAULIl^E.

Ah Dieu.... ! Mais ce jeune homme est donc ici... ?

Pardi! sûrement qu'il y est.... et le plus beau de l'histoire , c'est que c'cat notre écrivain.

PAULIJNE.

Comment ?

ROSE

Eh oui vraiment! c'est lui qui écrivait à mademoiselle Sophie ; il l'aime depuis longtemps...; et puis, après s'elre baltu ici près, il est resté sur la place comme mort;

î36 LA CURIEUSE,

son valet de chambre l'a conduit chez des paysans....; et puis là, ayant repris sa connaissance, il a donné ben de l'argent aux paysans pour garder le secret, ne sachant point si son ennemi n'était pas tué ; et puis il a guéri promptement, parce que sa blessure n'était pas dangereuse ; il a appris qu'il était tout près de mademoiselle Sophie; l'envie de la voir lui a fait coîirir les cham|;s aussitôt qu'il a pu marcher; enfin il l'a vue, l'a écoutée, lui a écrit; et puis il est venu se jeter aux genoux de son père , et lui conter tout cela.

P.-VULINE.

O ciel! quel heureux dénoûment.... !

Mais comment avez-vous pu savoir tous

ces détails?

ROSE

J^ai questionné tout le monde, et puis je suis entrée jusque dans le salon , où j'ai vu et entendu tout ce que je vous raconte ; les portes sont toutes grandes ouvertes; les maîtres, les domestiques, toute la maison est là rassemblée.... J'ai vu madame entre les bras de mademoiselle Sophie et de mademoiselle Constance , qui était prête à se trouver mal de joie, en regardant M. le baron de Sénanges et son fils qui

embrassaienlM. le chevalier — OLÎqucce jeune M. de Sénanges a bonne mine ! il est aussi joli que M. le chevalier. On dit qu'il a élé bien surpris quand il a su qu'il s'était ballu contre le frère de mademoiselle Sophie," il en pleurait comme un enfant ; enfin, à présent il est bien iieurcux, car madame et M. le baron ont donné leur consentement, et la noce se fera demain. PAULINE.

Ma mère... ! croyez-vous, Rose, qu'elle vous ait rema rquce .... ?

ROSE

Oli non! j'étais derrière tout le monde, et puis elle ne voyait que ses enfans ; j'entendais qu'elle disait : Ahl que je suis une heureuse mère.... !

PAULINE

Elle oublie que je suis sa fille ! Mon

cœur est déchire Cependant, à présent

je suis la seule à plaindre : délivrée des mortelles inquiétudes qui me dévoraient, pourquoi donc mes larmes coulent-elles toujours

avec la même amertume ? Manière,

dans les bras de Sophie et de Constance, ne se souvient même pas que la m:ilheureuse Pauline existe....! Rien ne manque à son bonheur, et cependant elle a la'sr.é sa fille

i38 LA CURIEUSE,

jnforliince sans secours et inoiiranlc.....r Voilà donc à quel excès de dureté j'ai pu conduire par mes fautes la plus indulgente et la meilleure des mères... ! Affreuse et terrible leçon! J'avais la plus tendre des mères , j'étais la sœur la plus chérie j et maintenant, oubliée, délaissée, je suis moins qu'une étrangère pour ma famille... ' Hélas! je dois gémir de mes malheurs; mais je ne puis m'en plaindre, ils sont tous mon ouvrage.

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