‹ Théatre de sociétéChapitre 40 sur 113 · ARISTE, L'INTENDANT · texte numérisé non relu

ARISTE, L'INTENDANT

ARISTE

Vous savez la tendresse que j'ai toujours eue pour mon neveu ; une curiosité fondée sur un intérêt si vif n'est pas faite pour inspirer la réserve et la défiance.

L'lNTENDA?iT.

Je ne puis, monsieur, vous donner que de bien faibles lumières.... Le son de cette enfant est un mystère impénétrable....

ARISTE

Mais quel genre d'éducation at-elle pu recevoir dans une captivité si dure....? et comment se peut-il que , confiée à votre garde , vous ne l'ayez jamais vue...?

L'INTENDANT

Elle occupe la partie du cliâteau opposée à celle-ci ; toutes les vues de son appartement donnent sur le parc qui est entouré de murs d'une bauteur prodigieuse; j'ai seul ici la clef d'une porte qui conduit à un cabinet de son appartement. Il y a dans ce cabinet un tour immense , semblable à

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ceux qu'on voit dans les couvens ; c'est là que chaque jour je vas prendre ses ordres, et lui porter toutes les choses qu'elle dé-^ sire.... excepté une seule cependant....

ARISTE

Laquelle ?

L'IISTENDANT.

Ah! cela est très singulier... M. le-niarquis m'a expresse'menl défendu de donner jamais à Zélie aucune espèce de livres ; cependant la bibliothèque du château est fort bien composée ; il n'y a presque que des livres d'histoire et de morale.

ARiSTE.

Mais que faire dans une solitude si pro-' fonde, sans le secours de la lecture?

L'INTENDANT

Oh! elle lit, elle lit beaucoup; M. le marquis, quand il est à Paris, m'envoie souvent des livres pour elle; mais ces livreslà sont toujours écrits par lui.

ARISTE

De l'écriture de mon neveu !

L'INTENDANT

Oui , monsieur, de sa propre main, toujours...

ARISTE

Quelle patience ! et à q-.ioi bon ?

COMÉDIE. i57

L'INTENDANT

Avanl-hier encore, j'ai porté au tour deux volumes qu'il m'avait envoyés....

ARISTE

On vous parle donc à travers ce lour ?

L'INTENDANT

Non, je trouve un papier sur lequel Zélie ou sa bonne ont tracé les ordres qu'elles me prescrivent; tous les malins je vais le prendre ,• seriez-vous curieux do voir celui d'aujourd'hui ?

ARISTE Infiniment.

L'INTENDANT

Il est écrit de la main de Zélie.

ARISTE

A quoi connoissez-vous cela?

L'INTENDANT

Par la quantité de lettres qu'elle écrit à mon maître, dont j'ai toujours été chargé. ( // lui donne le papier , Ariste le déplie , l'intendant continue. ) Il faut vous dire qu'il y avait dans le tour, à côté de ce papier, une petite lettre pour M. le marquis.

AJUSTE lit tout haut.

<c II faut envoyer sur-le-champ^ par un » homme à cheval , cette lettre au-devant

iSS ZÉLIE5

» de M. de Sainviîle, afin qu'il la reçoive )) sûrement avant d'arriver. » Ceci n'est-il pas inquiétant ? Mon neveu revient ce soir; il faut qu'il leur soit arrivé quelque chose de bien extraordinaire.

L'INTENDANT

Oh ! monsieur, point du tout ; toutes les fois que mon maître revient, c'est la même chose ; c'est apparemment une attention pour qu'il reçoive de ses nouvelles en chemin.

ARISTE, à part.

Hom ! voilà une attention bien tendre , et qui ressemble bien à la passion. ( // continue la lecture. ) (C 11 faut apporter » au tour des plumes, des crayons, de )) l'encre et du papier. » Des crayons ! elle sait donc dessiner !

L'INTENDANT

Oh! sûrement, et je lui suppose encore bien d'autres talens , car elle me demande continuellement de la musique , des cordes d'instrumens, et mille autres choses qui me persuadent qu'elle sait fort bien employer son temps.

ARISTE , à part.

Mon étonnement redouble à chaque mot. ( // reprend la lecture. ) a Le dîner

COMEDIE. i59

■» el le souper aux heures ordinaires ; des » glaces à cinq licures. » ( // rend le papier. ) 11 faut que vous n'ayez d'autre occupation que celle d'aller à ce tour, et d'exécuter les ordres qu'on vous y donne ; je vois par là tout votre temps employé. L'INTE]\DAI\T.

Gela est vrai; mais je suis payé pour cela.

UN LAQUAIS , à l'intendant.

Monsieur , voilà M. le marquis qui arrive, il est au bout de l'avenue.

ARISTE

Il est seul , sans doute ?

LE LAQUAIS

Non, monsieur; on m'a dit qu'il y a des dames dans la voiture.

L'INTENDANT

Des dames ! H y a long -temps qu'on n'en a vu dans ce château; cette nouvelle me surprend. ( A Ariste, ) Permettez, monsieur, que j'aille recevoir mon maître, et le prévenir sur les personnes qui sont établies chez lui. ( // sort. )

ARISTE, seul.

Est-ce sa fille... ? est-ce l'objet d'un sentiment plus vif encore. . . ? Je brûle de pénétrer ce mystère incompréhensible.... Je

i6o ZÉLIE ,

veux absolument lire au fond du cœur de Sain ville,* il me doit assez, il attend assez de moi pour me parler enfin sans détour sur le point le plus intéressant de sa vie , du moins si l'on en juge par l'importance qu'il y attache lui-même. Sans doute il sera surpris de me trouver ici; pour épargner à sa franchise de vaines et d'inutiles défaites, j'ai su lui cacher le dessein que j'avais depuis long-temps d'y venir..., et je suis persuadé... Mais j'entends du bruit, on vient..; je l'aperçois, et Clarice avec lui.

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