‹ Théâtre de Victor Hugo. 3e sérieChapitre 184 sur 208 · DEUXIEME PARTIE, SCE>E VT · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE, SCE>E VT

// jeile non bâton et prend Vépée de Vune des panoplies suspendues au mur.

HATTO, éclatant de rire.

Un boufTon manquait à cette fête.

Le voici , messeigneurs. D'où sort ce compagnon ? Nous tombons du bohème au mendiant.

Au mendiant.

Ton nom?

LE MENDIANT

Frédéric de Souabe , empereur d'Allemagne.

MAGNUS

Barberousse!...

ÉtonnemeiU et stupeur. Tous s écartent et forment une sorte de grand cercle autour du mendiant , qui dégage de ses haillons une croix attachée à son cou et l élève de sa main droite, la gauche appuyée sur Vépée piquée en terre.

LE MENDIANT

Voici la croix de Charlemagne.

Tous les yeux se fixent sur la croix. Moment de silence. Il reprend.

Moi, Frédéric, seigneur du mont où je suis né , Élu roi des Romains, empereur couronné, Porte-glaive de Dieu , roi de Bourgogne et d'Arles, .l'ai violé la tombe où dormait le grand Charles; .l'en ai fait pénitence ; et, le genou plié, J'ai vingt ans au désert pleuré, gémi, prié. Vivant de l'eau du ciel et de l'herbe des roches. Fantôme dont le pâtre abhorrait les approches, Le monde entier m'a cru descendu chez les morts. Mais j'entends mon pays qui m'appelle ; je sors De l'ombre où je songeais, exilé volontaire. Il est temps de lever ma tète hors de terre. Me reconnaissez-vous?

M.vr.Nus , s approchant.

Ton bras, César romain!

LE MENDIANT

Le trèfle qu'un de vous m'imprima sur la main '!

Il présente son bras à Uagnus, Vois.

Mayjuis s incline, examine attentivement le bras du mendiant, puis se redresse.

MAGNus, aux assistants.

Je le déclare ici, la vérité m'y pousse, Que voici l'empereur Frédéric Barberousse.

La stupeur est au comble. Le cercle s'élargit. L'empereur, appuyé sur la grande épée , se tourne i^ers les assistants et promène sur eux des regards terribles.

l'empereur.

Vous m'entendiez jadis marcher dans ces vallons , Lorsque l'éperon d'or sonnait à mes talons. Vous me reconnaissez, burgraves. — C'est le maître. Celui qui subjugua l'Europe, et fit renaître L'Allemagne d'Othon, reine au regard serein; Celui que choisissaient pour juge souverain , Comme bon empereur, comme bon gentilhomme, Trois rois dans Mersebourg et deux pëpes dans Rome. Et qui donna, touchant leurs fronts du sceptre d'or. La couronne à Suénon, la tiare à Victor; Celui qui des Hermann renversa le vieux trône; Qui vainquit tour à tour, en Thrace et dans Icône, L'empereur Isaac et le calife Arslan ; Celui qui, comprimant Gènes, Pise, Milan, Étouffant guerres, cris, fureurs, trahisons viles, Prit dans sa large main l'Italie aux cent villes; Il est là qui vous parle. Il surgit devant vous!

// fait un pas, tous reculent.

— .lai su juger les rois, je sais traquer les loups. — .lai fait pendre les chefs des sept cités lombardes: Albert-l'Ours m'opposait dix mille hallebardes, .le le brisai : mes pas sont dans tous les chemins:

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