‹ Théâtre de Victor Hugo. 3e sérieChapitre 56 sur 208 · ACTE I, SCENE · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE

Le plus grand est celui qui se courbe le plus. Mais le sort a toujours son flux et son reflux. Espère.

nuY BLAS, secouant la tête.

Le marquis de Finlas est mon maître.

DOS CÉSAR

Je le connais. — Tu vis dans ce palais peut-être?

Non, avant ce matin et jusqu'à ce moment Je n'en avais jamais passé le seuil.

DON CÉSAR

Vraiment?

Ton maître cependant pour sa charge y demeure ?

Oui, car la cour le fait demander à toute heure.

Mais il a quelque part un logis inconnu,

Où jamais en plein jour peut-être il n'est venu.

A cent pas du palais. Une maison discrète.

Frère, j'habite là. Par la porte secrète

Dont il a seul la clef, quelquefois, à la nuit,

Le marquis vient, suivi d'hommes qu'il introduit.

Ces hommes sont masqués et parlent à voix basse.

Ils s'enferment, et nul ne sait ce qui se passe.

Là, de deux noirs muets je suis le compagnon.

Je suis pour eux le maître. Ils ignorent mon nom.

DON CÉSAR

Oui, c'est là qu'il reçoit, comme chef des alcades, Ses espions ; c'est là qu'il tend ses embuscades. C'est un homme profond qui tient tout dans sa main.

Hier, il ma dit : — Il faut être au palais demain, Avant l'aurore. Entrez par la grille dorée. En arrivant il m'a fait mettre la livrée. Car l'habit odieux sous lequel tu me vois, Je le porte aujourd'hui pour la première fois.

«6 RLY BLAS.

DON CÉSAR , lui serrant la main.

Espère î

RLY BLAS.

Espérer! Mais tu ne sais rien encore.

Vivre sous cet habit qui souille et déshonore, Avoir perdu la joie et l'orgueil, ce n'est rien. Être esclave, être vil; qu'importe? — Écoute bien : Frère 1 je ne sens pas cette livrée infâme, Carjai dans ma poitrine une hydre aux dents de flamme Qui me serre le cœur dans ses replis ardents. Le dehors te fait peur ; si tu voyais dedans !

DON CÉSAR

Que veux-tu dire?

Invente, imagine, suppose.

Fouille dans ton esprit. Cherches-y quelque chose D'étrange, d'insensé, d'horrible et d'inouï. Une fatalité dont on soit ébloui 1 Oui, compose un poison affreux, creuse un abîme Plus sourd que la folie et plus noir que le crime, Tu n'approcheras pas encor de mon secret. — Tu ne devines pas? — Hél qui devinerait? — Zafari 1 dans le gouffre où mon destin m'entraîne, Plonge les yeux 1 — Je suis amoureux de la reine !

DON CÉSAR

Ciel!

Sous un dais orné du globe impérial , Il est , dans Aranjuez ou dans l'Escurial , —Dans ce palais, parfois, —mon frère, il est un homme Qu'à peine on voit d'en bas, qu'avec terreur on nomme. Pour qui, comme pour Dieu, nous sommes égaux tous; Qu'on regarde en tremblant et qu'on sert à genoux ; Devant qui se couvrir est un honneur insigne; Qui peut faire tomber nos deux tètes d'un signe ; Dont chaque fantaisie est un événement; Qui vit, seul et superbe, enfermé gravement

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