ACTE IH, SCENE VI. 20H
PYLA DE.
Tl se perd... Aisément les malheureux s'unissent; Trop promptement liés, promptement ils s'aigrissent ; Nous le vîmes clans Delphe.
Oui... j'y sus son dessein.
EGISTHE
Eh bien ! quel était-il ?
De vous percer le sein.
ÉGISTHE
Je connaissais sa rage, et je l'ai méprisée;
Mais de ce nom d'Oreste Electre autorisée
Semblait tenir encor tout l'état partagé ;
C'est d'Electre surtout que vous m'avez vengé
Elle a mis aujourd'hui le comble à ses offenses :
Comptez-la désormais parmi vos récompenses.
Oui, ce superbe objet contre moi conjuré,
Ce cœur enflé d'orgueil, et de haine enivré,
Qui même de mon fils dédaigna l'alliance ,
Digne sœur d'un barbare avide de vengeance ,
Je la mets dans vos fers; elle va vous servir :
C'est m'acquitter vers vous bien moins que la punir.
Si de Priam jadis la race malheureuse
Traîna chez ses vainqueurs une chaîne honteuse,
Le sang d'Agamemnon peut servir à son tour.
CL YTEMJVESTRE.
Qui? moi, je souffrirais !...
ÉGISTHE
Eh ! madame, en ce jourr Défendez-vous encor ce sang qui vous déteste?
N'épargnez point Electre, ayant proscrit Oreste.
( à Oreste. )
Vous... laissez cette rendre à mon juste courroux.
J'accepte vos présents; cette cendre est à vous.
CLYTEMNESTRE
Non, c'est pousser trop loin la haine et la vengeance; Qu'il parte, qu'il emporte une autre récompense. Vous-même, croyez-moi, quittons ces tristes bords, Qui n'offrent à mes yeux que les cendres des morts. Osons-nous préparer ce festin sanguinaire Entre l'urne du fils et la tombe du père? Osons-nous appeler à nos solennités Les dieux de ma famille à qui vous insultez, Et livrer, dans les jeux d'une pompe funeste, Le sang de Clytemnestre au meurtrier d'Oreste ? Non : trop d'horreur ici s'obstine à me troubler; Quand je connais la crainte, Egisthe peut trembler. Ce meurtrier m'accable; et je sens que sa vue A porté dans mon cœur un poison qui me tue. Je cède , et je voudrais , dans ce mortel effroi , Me cacher à la terre, et, s'il se peut, à moi.
( Elle sort. ) ÉGISTHE, à Oreste.
Demeurez. Attendez que le temps la désarme. La nature un moment jette un cri qui l'alarme; Mais bientôt dans un cœur à la raison rendu , L'intérêt parle en maître, et seul est entendu. En ces lieux avec nous célébrez la journée De son couronnement et de mon hyménée.