‹ Théâtre de VoltaireChapitre 141 sur 339 · SCENE L · texte numérisé non relu

SCENE L

ORESTE, PYLADE

De Pammène, il est vrai, la sage vigilance^ D'Egisthe pour un temps trompe la défiance; On lui dit que les dieux, de Tantale ennemis, Frappaient en même temps les derniers de ses fils. Peut-être que le ciel, qui pour nous se déclare, Répand l'aveuglement sur les yeux du barbare. Mais tu vois ce tombeau si cber à ma douleur; Ma main l'avait chargé de mon glaive vengeur25; Ce fer est enlevé par des mains sacrilèges. L'asile de la mort n'a plus de privilèges, Et je crains que ce glaive, à mon tyran porté, Ne lui donne sur nous quelque affreuse clarté. Précipitons l'instant où je veux le surprendre.

PYL A DE.

Pammène veille à tout, sans doute il faut l'attendre. Dès que nous aurons vu, dans ces bois écartés, Le peu de vos sujets à vous suivre excités, Par trois divers chemins retrouvons-nous ensemble, Non loin de cette tombe, au lieu qui nous rassemble.

Allons... Pylade, ah ciel! ah, trop barbare loi!

Ma rigueur assassine un cœur qui vit pour moi! Quoi ! j'abandonne Electre à sa douleur mortelle !

PYLADE

Tu l'as juré, poursuis, et ne redoute qu'elle. Electre peut te perdre, et ne peut te servir; Les yeux de tes tyrans sont tout prêts de s'ouvrir : Renferme cette amour et si sainte et si pure. Doit-on craindre en ces lieux de dompter la nature? Ah! de quels sentiments te laisses-tu troubler? Il faut venger Electre, et non la consoler.

Pylade, elle s'avance, et me cherche peut-être.

PYLADE

Ses pas sont épiés ; garde-toi de paraître. Va, j'observerai tout avec empressement:

Les yeux de l'amitié se trompent rarement.

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