‹ Théâtre de VoltaireChapitre 167 sur 339 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

de l'édition de 1760, "qui repond aux trois premieres scenes de cette edition.

ORESTE, PYLADE, PAMMÈNE.

(Un esclave , dans l'enfoncement , porte une nrne et une épée. ) PAMMÈNE.

Que béni soit le jour si long-temps attendu, Ou le fils de mon maître , à nos larmes rendu , Vient, digne de sa race et de sa destinée , Venger d'Agamemnon la cendre profanée !

Je crains que le tyran , par son trouble averti , Ne détourne un destin déjà trop pressenti. Il n'a fait qu'entrevoir et son juge et son maître , Et sa rage a déjà semblé le reconnaître, fl s'informe , il s'agite, il veut surtout vous voir :

o'oRESTE. *J 47

Vous-même vous mêlez la crainte à mon espoir.

De vos ordres secrets exécuteur fidèle,

Je sonde les esprits, j'encourage leur zèle;

Des sujets gémissants consolant la douleur,

Je leur montre de loin leur maître et leur vainqueur.

La race des vrais rois tôt ou tard est chérie ;

Le cœur s'ouvre aux grands noms d'Oreste et de patrie.

Tout semble autour de moi sortir d'un long sommeil ,

La vengeance assoupie est au jour du réveil ,

Et le peu d'habitants de ces tristes retraites

Lève les mains au ciel , et demande où vous êtes.

Mais je frémis de voir Oreste en ce désert ,

Sans armes, sans soldats , prêt d'être découvert.

D'un barbare ennemi l'active vigilance

Peut prévenir d'un coup votre juste vengeance ;

Et contre ce tyran , sur le trône affermi ,

Vous n'amenez, hélas ! qu'Oreste et son ami.

PYLADE

C'est assez , et du ciel je reconnais l'ouvrage : Il nous a tout ravi par ce cruel naufrage; Il veut seul accomplir ses augustes desseins ; Pour ce grand sacrifice il ne veut que nos mains. Tantôt de trente rois il arme la vengeance , Tantôt trompant la terre , et frappant en silence , Il veut, en signalant son pouvoir oublié, N'armer que la nature et la seule amitié.

Avec un tel secours , Oreste est sans alarmes. Je n'aurai pas besoin de plus puissantes armes *.

Prends garde , cher Oreste , à ne pas t'égarer Au sentier qu'un dieu même a daigné te montrer. Prends garde à tes serments , à cet ordre suprême De cacher ton retour à cette sœur qui t'aime ; Ton repos, ton bonheur, ton règne est à ce prix. Commande à tes transports, dissimule, obéis; Il la faut abuser encor plus que sa mère.

PAMMÈ N E.

Remerciez les dieux de cet ordre sévère.

A peine j'ai trompé ses transports indiscrets :

<!c.-> deux vers ont été placés dans In première scène du second acte.

±f\& NOTES ET VARIANTES

Déjà portant partout ses pleurs et ses regrets , Appelant à grands cris son vengeur et son frère r Et courant sur vos pas dans ce lieu solitaire , Elle m'interrogeait et me fesait trembler. La nature en secret semblait lui révéler, Par un pressentiment trop tendre et trop funeste, Que le ciel en ses bras remet son cher Oreste. Son cœur trop plein de vous ne peut se contenir.

o RESTE.

Quelle contrainte, ô dieux ! puis-je la soutenir ?

PÏLADE.

Vous balancez ! songez aux menaces terribles

Que vous fesaient ces dieux dont les secours sensibles

* Vous ont rendu la vie au milieu du trépas.

* Contre leurs volontés si vous faites un pas, *Ce moment vous dévoue à leur haine fatale.

* Tremblez , malheureux fils d'Atrée et de Tantale, ^Tremblez de voir sur vous , dans ces lieux détestés

* Tomber tous ces fléaux du sang dont vous sortez.

Quel est donc, cher ami , le destin qui nous guide :l

Quel pouvoir invincible à tous nos pas préside?

Moi , sacrilège! moi, si j'écoute un instant

La voix du sang cpii parle à ce cœur gémissant l

O justice éternelle , abîme impénétrable ,

Ne distinguez-vous point le faible et le coupable ,

Le mortel qui s'égare ou qui brave vos lois ,

Qui trahit la nature , ou qui cède à sa voix ?

N'importe : est-ce à l'esclave à condamner son maître '

Le ciel ne nous doit rien quand il nous donne l'être.

J'obéis, je me tais. Nous avons apporté

Cette urne, cet anneau, ce fer ensanglanté :

Il suffit ; offrons-les loin d'Electre affligée.

Allons , je la verrai quand je l'aurai vengée

( à Pammèue. )

Va préparer les cœurs au grand événement Que je dois consommer, et que la Grèce attend. Trompe surtout Égisthe et ma coupable mère : * Qu'ils goûtent de ma mort la douceur passagère *Si pourtant une mère a pu porter jamais

* Ce vers se iclrouvr dan* la seconde scène du troisième acte. K

"Sur la conclre d'un fils des regards satisfaits. Va, nous les attendrons tous deux à leur passage.

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