SCÈNE IL
ELECTRE, IPHISE, d'un côté; ORESTE, PYLADE, de l'autre,
avec l'esclave qui porte L'urne et l'épée.
ELECTRE, à Fphise.
** L'espérance trompée accable et décourage. *Un seul mot de Pammène a fait évanouir "Ces songes imposteurs dont vous osiez jouir. *Ce jour faible et tremblant qui consolait ma vue
* Laisse une horrible nuit sur mes yeux répandue.
* Ah ! la vie est pour nous un cercle de douleurs.
ORESTE, à Pylade.
Quelle est cette princesse et cette esclave en pleurs ?
IPHISE, à Electre.
D'une erreur trop flatteuse, ô suite trop cruelle!
ELECTRE
Oreste, cher Oreste! en vain je vous rappelle, En vain pour vous revoir j'ai prolongé mes jours.
Quels accents ! Elle appelle Oreste à son secours.
IPHISE, à Electre.
Voilà ces étrangers.
ELECTRE, à Iphise.
Que ses traits m'ont frappée !
Hélas ! ainsi que vous j'aurais été trompée.
(h Oreste. )
Eh ! qui doue êtes-vous , étrangers malheureux ; Et qu'osez-vous chercher sur ce rivage affreux ?
PYLADE
Nous attendons ici les ordres, la présence Du roi qui tient Argos sous son obéissance.
ELECTRE
Qui ? du roi ? quoi! des Grecs osexit donner ce nom Au tyran qui versa le sang d'Agamemnon !
Cher Pylade, à ces mots, aux douleurs qui la pressent, Aux pleurs qu'elle répand tous mes troubles renaissent, Ah ! c'est Electre.
ELECTRE
Hélas ! vous voyez qui je suis :
WOTES ET VARIANTES
On reconnaît Electre à ses affreux ennuis.
i p HI SE,
Du vainqueur d'Ilion voilà le triste reste ,
Ses deux filles , les sœurs du malheureux Oreste.
Ciel ! soutiens mon courage.
Eh ! que demandez -vous Au tyran dont le bras s'est déployé sur nous ?
PÏIADÈ.
Je lui viens annoncer un destin trop propice.
Que ne puis je du voire adoucir l'injustice!
Je vous plains toutes deux : je déteste un devoir
Qui me force à combler votre long désespoir.
Serait^il donc pour nous encor quelque infortune ?
Parlez, délivrez-nous d'une vie importune.
Oreste...
ELECTRE
Eh bien ! Oreste ?...
Où suis-je ?
I P H I S E , en voyant l'urne.
Dieux vengeurs!...
ELECTRE
Cette cendre.... on se tait.... mon frère.... Je me meurs.
IPHTSE.
[1 n'est donc plus! faut-il voir encor la lumière!
ORESTE, à Pylade.
Elle semble toucher à son heure dernière. Ah! pourquoi l'ai-je vue, impitoyables dieux!
( à celui qui porte l'urne. )
Otez ce monument, gardez pour d'autres yeux, etc.
Ce glaive , cet anneau.... vous devez le connaître : Agamemuon l'avait quand il fut votre maître.
CLYTEMNESTRE
Quoi ! ce serait par vous qu'au tombeau descendu....
ÉGISTHE
Si vous m'avez servi, le prix vous en est dû. De que! sang êtes-vous?
d'qheste. -2 5i
Souffrez....
ÉGISTHE
Non, demeurez.
CL YTEMNESTRE.
Qu'il s'écarte, seigneur; Cette urne, ce récit, nie remplissent d'horreur. Le ciel veille sur vous, il soutient votre empire; Rendez grâce , et souffrez qu'une mère soupire.
Madame. .. j'avais cru cjiie, proscrit dans ces lieux , Le fils d'Agamemnon vous était odieux.
Je ne vous cache point qu'il me fut redoutable.
A vous?
CLYTEMNESTRE
Il était né pour devenir coupable.
O R EST E
Envers qui ?
CLYTEMNESTRE
Vous savez qu'errant et malheureux, De haïr une mère il eut le droit affreux ; Né pour souiller sa main du sang qui l'a fait naître.
23 Un fils peut-il si loin étendre ses fureurs ?
Uhe mère à ses yeux, madame, est toujours mère, La nature aisément désarme sa colère.
(Electre de Lokgepierre, IV, i.)
M De Pammène, il est vrai, l'adroite vigilance.
25 Où ma main frémissante offrit ce fer vengeur.
26 Allons , je vais du moins punir un de mes maîtres.
IFHtSE.
Je suis loin de blâmer des douleurs que je sens; Mais souffrez mes raisons dans vos emportements. Tout parle ici d'Oreste : on prétend qu'il respire , Et le trouble du roi semble encor nous le dire. Vous avez vu Pammène avec cet étranger, Lui parler en secret, l'attendre, le chercher. Pammène, de nos maux consolateur utile, Au milieu des regrets vieillit dans cet asile , Jusqu'à tant de bassesse a-t-il pu s'oublier?
Est-il d'intelligence avec le meurtrier ?
ELECTRE
Que m'importe un vieillard qu'on aura pu séduire?
Tout nous trahit, ma sœur, tout sert à m'en instruire.
Ce cruel étranger lui-même avec éclat
Ne s'est-il pas vanté de son assassinat ?
Egisthe au meurtrier ne m'a-t-il pas donnée? etc.
27 Voltaire, dans sa lettre à d'Argental du 17 avril 1761, au lieu de ce vers et des trois qui suivent, en transcrit quatre qu'il n'a pourtant admis dans aucune édition. B.
28 ELECTRE, seule.
Mes tyrans de Pammène ont vaincu la faiblesse ; Le courage s'épuise et manque à la vieillesse. Que peut contre la force un vain reste de foi ? Pour moi , pour ma vengeance, il ne reste que moi. Eh bien ! c'en est assez ; mes mains désespérées Dans ce grand abandon seront plus assurées. Euménides , venez : soyez ici mes dieux ; Accourez de l'enfer en ces horribles lieux; En ces lieux plus cruels et plus remplis de crimes Que vos gouffres profonds regorgeant de victimes !
a9 ELECTRE.
Juste ciel ! est-ce à lui de prononcer ce nom ? D'où vient qu'il s'attendrit ? je l'entends qui soupire; Les remords en ces lieux ont-ils donc quelque empire ? Qu'importent des remords à l'horreur où je suis?
( Elle avance vers Oresle. )
Le voilà seul.... frappons. Meurs , traître.... je ne puis....
Ciel! Electre , est-ce vous, furieuse, tremblante?
ELECTRE
Ah ! je crois voir en vous un dieu qui m'épouvante. Assassin de mon frère , oui , j'ai voulu ta mort : J'ai fait , pour te frapper, un impuissant effort. Ce fer m'est échappé , tu braves ma colère , Je cède à ton génie , et je trahis mon frère.
Ah ! loin de le trahir.... Où me suis-je engagé ?
ELECTRE
Sitôt que je vous vois, tout mon cœur est changé.
d'o RESTE. a 53
Quoi! c'est vous qui tantôt me remplissiez d'alarmes?
OU ESTE
C'est moi qui de mon sang voudrais payer vos larmes.
Él.EOTR E.
Le nom d'Agamemnon vient de vous échapper : Juste ciel ! à ce point ai-je pu me tromper? Ah ! ne me trompez pins, parlez , il faut m'apprendre L'excès du crime affreux que j'allais entreprendre. Par pitié , répondez , éclairez-moi , parlez.
oassTE, O sœur du tendre Oreste , évitez-moi , tremhlez !
Pourquoi ?
Cessez Je suis.... Gardez qu'on ne vous voie.
3° ÉGISTHE
Eli bien ! est- il puni ?
DIMAS
Paraissez ; c'est à vous , seigneur, d'être obéi. Oreste s'est nommé dès qu'il a vu Pammène.
3i TAMMÈNE.
Elle oppose à son fils une main trop hardie. Pour ce grand criminel qui touche à son trépas Elle demande grâce, et ne l'obtiendra pas. On dit que dans ce trouble on voit les Euménides , Sourdes à la prière, et de meurtres avides, Ministres des arrêts prononcés par le sort, Marcher autour d'Oreste , en appelant la mort.
IPHISE.
Jour terrible et sanglant !...
32 Dans une édition publiée chez Duchesne , conforme à la représentation , on lit :
Banni de mon pays par le meurtre d'un père ,
Banni de mon pays pour celui de ma mère ,
Enfer que je mérite, ouvre-toi sous mes pas.
Ét.ectre, lui tendant les mains.
Mon frère !
PYtADE.
Mon ami !
Cessez , n'approchez pas ,
2 54 NOTES ET VARIANTES d'oRESTE.
N'étendez point vos mains aux mains de ce coupable; Ne souillez point vos yeux de ma vue effroyable.... Je n'ai plus de parents , ni d'amis , ni de dieux. Tout est perdu pour moi. Je ne vois en ces lieux Que des monstres d'enfers et ma mère sanglante, Celle qui m'a nourri sous mes mains expirante ! La voyez-vous ? tremblez : j'entends ses derniers cris.
ELECTRE
Hélas ! d'Agamemnon je ne vois cpie le fils. Je t'aimerai toujours, cher et coupable Oreste.
Dieux qui m'avez sauvé le jour que je déteste , Quel est l'exil nouveau que vous me prescrivez ? Quel est le nouveau crime....
Dans le manuscrit de la comédie française , deux vers présentent une leçon différente :
Enfers , que je mérite , ouvrez-vous sous mes pas....
Ne tendez point vos mains aux mains de ce coupable. B.
33 Édition de 1750 :
Eh bien ! dieux de l'enfer, puissance impitoyable.