‹ Théâtre de VoltaireChapitre 175 sur 339 · CONTRE LES DÉTRACTEURS · texte numérisé non relu

CONTRE LES DÉTRACTEURS

Ah ! par pitié pour vous , princesse infortunée , Payez l'amour d'Itys par un tendre hyruénée.

« Ces termes lâches et oiseux de princesse infortunée et de tendre « hf menée , affaibliraient la meilleure tirade; il faut éviter soigneu- « sèment ces expressions fades. Par pitié pour vous, n'est pas placé; « il fallait dire : Tout est à craindre, si vous n'obéissez pas au roi ; « faites par pitié pour vous ce que vous ne faites pa$ par amour, « par bienveillance, par condescendance pour moi. »

Puisqu'il faut l'achever, ou descendre au tombeau; Laissez-m à mes feux allumer le flambeau.

Régnez donc avec moi ; c'est trop vous4 en défendre.

« Vous devez sentir vous-même, aurait continué M. Despréaux, «combien ces mots, puisqu'il faut... laissez-en à mes feux ; régnez « donc avec moi, ont à-la-fois de dureté et de faiblesse, combien « tout cela manque de pureté, de noblesse, et de chaleur : repre- « nez cent fois le rabot et la lime. »

Si M. Despréaux continuait à lire, souffrirait-il les vers suivants (I, 3, 6, 7):

Qu'il fasse que ces fers , dont il s'est tant promis ,

Soient moins honteux pour moi que l'hymen de son fils...

Ta vertu ne te sert qu'à redoubler ma haine.

Egisthe ne prétend te faire mon époux

Bravez-/e , mais du moins du sort qui vous accable N'accusez donc que vous, princesse inexorable.... Je voulais , par l'hymen d'Itys et de ma fille , Voir rentrer quelque jour le sceptre en sa famille ;

Mais l'ingrate ne veut que nous immoler tous

Madame , quel malheur, troublant votre sommeil , Vous a fait de si loin devancer le soleil ?

Ce même Despréaux aurait-il pu s'empêcher de rire lorsque Electre dit à Égisthe (I, 8) :

Pour cet heureux hymen ma main est toute prête; Je n'en veux disposer qu'en faveur de ton sang, Et je la donne à qui te percera le flanc?

Cette équivoque et cette pointe lui aurait paru précisément de la même espèce que celle de Théophile , qu'il relève si bien dans une de ses judicieuses préfaces :

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