‹ Théâtre de VoltaireChapitre 184 sur 339 · ACTE I, SCÈNE III. 3(X · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III. 3(X

Au nom de tant d'amour, et par ces nœuds secrets Qui joignent nos destins, nos cœurs, nos intérêts, Au nom de notre fils, dont l'enfance est si chère, (Je ne vous parle point des dangers de sa mère, Et je ne vois, hélas! que ceux que vous courez:) Ayez pitié du trouble où mes sens sont livrés : Expliquez-vous.

C ATI LIN A.

Sachez que mon nom, ma fortune, Ma sûreté, la vôtre, et la cause commune7, Exigent ces apprêts qui causent votre effroi. Si vous daignez m'aimer, si vous êtes à moi, Sur ce qu'ont vu vos yeux observez le silence. Des meilleurs citoyens j'embrasse la défense. Vous voyez le sénat, le peuple divisés, Une foule de rois l'un à l'autre opposés : On se menace, on s'arme; et, dans ces conjonctures, Je prends un parti sage, et de justes mesures.

AURÉLIE

Je le souhaite au moins. Mais me tromperiez-vous? Peut-on cacher son cœur aux cœurs qui sont à nous? En vous justifiant, vous redoublez ma crainte. Dans vos yeux égarés trop d'horreur est empreinte. Ciel! que fera mon père, alors que dans ces lieux Ces funestes apprêts viendront frapper ses yeux? Souvent les noms de fille, et de père, et de gendre, Lorsque Rome a parlé, n'ont pu se faire entendre. Noire hymen lui déplut, vous le savez assez : Mon bonheur est un crime à ses yeux offensés, On dit que Nonnius est mandé de Préneste. Quels effets il verra de cet hymen funeste \

3lO ROME SAUVÉE.

Cher époux, quel usage affreux, infortuné, Du pouvoir que sur moi l'amour vous a donné! Vous avez un parti; mais Cicéron, mon père, Caton, Rome, les dieux, sont du parti contraire. Peut-être Nonnius vient vous perdre aujourd'hui.

CATILINA

Non, il ne viendra point; ne craignez rien de lui.

AURÉLIE

Comment?

CATILIIA.

Aux murs de Rome il ne pourra se rendre Que pour y respecter et sa fille et son gendre. Je ne puis m'expliquer, mais souvenez-vous hien Qu'en tout son intérêt s'accorde avec le mien. Croyez, quand il verra qu'avec lui je partage De mes justes projets le premier avantage, Qu'il sera trop heureux d'abjurer devant moi Les superbes tyrans dont il reçut la loi. Je vous ouvre à tous deux, et vous devez m'en croire, Une source éternelle et d'honneur et de gloire8.

AU RÉ LIE

La gloire est bien douteuse, et le péril certain 9. Que voulez -vous? pourquoi forcer votre destin? Ne vous suffit-il pas, dans la paix, dans la guerre, D'être un des souverains sous qui tremble la terre? Pour tomber de plus haut, oii voulez -vous monter? Les noirs pressentiments viennent m'épouvanter. J'ai trop chéri le joug ou je me suis soumise. Voilà donc cette paix que je m'étais promise, Ce repos de l'amour que mon cœur a cherché! Les dieux m'en ont punie, et me l'ont arraché.

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