‹ Théâtre de VoltaireChapitre 189 sur 339 · ACTE I, SCKIVE V. 3lf · texte numérisé non relu

ACTE I, SCKIVE V. 3lf

Vous enfin, qui sans moi seriez peut-être à craindre.

Vous avez corrompu tous les dons précieux14

Que, pour un autre usage, ont mis en vous les dieux;

Courage, adresse, esprit, grâce, fierté sublime,

Tout, dans votre ame aveugle, est l'instrument du crime.

Je détournais de vous des regards paternels,

Qui veillaient au destin du reste des mortels.

Ma voix , que craint l'audace , et que le faible implore ,

Dans le rang des Verres ne vous mit point encore;

Mais, devenu plus fier par tant d'impunité,

Jusqu'à trahir l'état vous avez attenté.

Le désordre est dans Rome, il est dans l'Etrurie;

On parle de Préneste, on soulève l'Ombrie;

Les soldats de Sylla , de carnage altérés ,

Sortent de leur retraite aux meurtres préparés;

Mallius en Toscane arme leurs mains féroces;

Les coupables soutiens de ces complots atroces

Sont tous vos partisans déclarés ou secrets;

Partout le nœud du crime unit vos intérêts.

Ah! sans qu'un jour plus grand éclaire ma justice,

Sachez que je vous crois leur chef ou leur complice;

Que j'ai partout des yeux, que j'ai partout des mains;

Que malgré vous encore il est de vrais Romains;

Que ce cortège affreux d'amis vendus au crime

Sentira comme vous l'équité qui m'anime.

Vous n'avez vu dans moi qu'un rival de grandeur,

Voyez-y votre juge, et votre accusateur,

Qui va dans un moment vous forcer de répondre1^

Au tribunal des lois qui doivent vous confondre;

Des lois qui se taisaient sur vos crimes passés,

De ces lois que je venge, et que vous renversez.

3l6 ROME SAUVÉE.

CATILIN A.

Je vous ai déjà dit, seigneur, que votre place

Avec Catilina permet peu cette audace;

Mais je veux pardonner des soupçons si honteux,

En faveur de l'état que nous servons tous deux :

Je fais plus , je respecte un zèle infatigable,

Aveugle, je l'avoue, et pourtant estimable.

Ne me reprochez plus tous mes égarements ,

D'une ardente jeunesse impétueux enfants;

Le sénat m'en donna l'exemple trop funeste.

Cet emportement passe, et le courage reste.

Ce luxe, ces excès, ces fruits de la grandeur,'

Sont les vices du temps, et non ceux de mon cœur.

Songez que cette main servit la république;

Que soldat en Asie, et juge dans l'Afrique,

J'ai, malgré nos excès et nos divisions,

Rendu Rome terrible aux yeux des nations.

Moi je la trahirais! moi qui l'ai su défendre!

CICÉRON

Marius et Sylla , qui la mirent en cendre, Ont mieux servi l'état, et l'ont mieux défendu. Les tyrans ont toujours quelque ombre de vertu; Ils soutiennent les lois avant de les abattre.

CATILINA

Ah! si vous soupçonnez ceux qui savent combattre, Accusez donc César, et Pompée, et Crassus. Pourquoi fixer sur moi vos yeux toujours déçus? Parmi tant de guerriers, dont on craint la puissance, Pourquoi suis-je l'objet de votre défiance? Pourquoi me choisir, moi? par quel zèle emporté?...

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