‹ Théâtre de VoltaireChapitre 23 sur 339 · LE COMTE, NANINE · texte numérisé non relu

LE COMTE, NANINE

LE COMTE

Belle Nanine, est-ce vous que je voi?

Quoi ! vous voulez vous dérober à moi ! Ah! répondez, expliquez-vous, de grâce.

Vous avez craint, sans doute, la menace De la baronne; et ces purs sentiments, Que vos vertus m'inspirent dès long-temps, Plus que jamais l'auront, sans doute, aigrie. Vous n'auriez point de vous-même eu l'envie De nous quitter, d'arracher à ces lieux Leur seul éclat, que leur prêtaient vos yeux. Hier au soir, de pleurs toute trempée, De ce dessein étiez-vous occupée?

Répondez donc. Pourquoi me quittiez-vous ?

Vous me voyez tremblante à vos genoux,

LE COMTE, la relevant.

Ah ! parlez-moi. Je tremble plus encore.

Madame....

le comte.

Eh bien ?

4 Si NANINE.

Madame, que j'honore, Pour le couvent n'a point forcé mes vœux.

LE COMTE

Ce serait vous? qu'entends-je ! ah, malheureux!

Je vous l'avoue; oui, je l'ai conjurée De mettre un frein à mon ame égarée... Elle voulait, monsieur, me marier.

LE COMTE

Elle? à qui donc?

A votre jardinier.

LE COMTE

Le digne choix !

N AJNINE.

Et moi, toute honteuse, Plus qu'on ne croit peut-être malheureuse, Moi qui repousse avec un vain effort Des sentiments au-dessus de mon sort, Que vos bontés avaient trop élevée , Pour m'en punir, j'en dois être privée.

LE COMTE

Vous, vous punir! ah! Nanine ! et de quoi?

D'avoir osé soulever contre moi Votre parente, autrefois ma maîtresse.

Je lui déplais; mon seul aspect la blesse: Elle a raison ; et j'ai près d'elle, hélas ! Un tort bien grand... qui ne finira pas. J'ai craint ce tort; il est peut-être extrême.

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