SCÈNE I
CIGÉRON , licteurs , LENTULUS et CÉTHÉGUS enchaînés.
CICÉRON, aux soldats.
Allez de tous côtés , poursuivez ces pervers ,
Et qu'en ce moment même on les charge de fers !
Sénat, tu m'as remis les rênes de l'empire,
Je les tiens pour un jour, ce jour peut me suffire ;
Je vengerai l'état , je vengerai la loi ;
Sénat , tu seras libre , et même malgré toi.
Rome, reçois ici tes premiers sacrifices.
Vous, de Gatilina détestables complices ,
Dont la rage en mon sein brûlait de s'assouvir,
D'autant plus criminels qne vous vouliez servir,
Qu'étant nés dans le rang des maîtres de la terre,"
Vos odieuses mains , dans cette infâme guerre ,
Ne versaient notre sang que pour mieux cimenter
Le trône où votre égal était prêt de monter ;
Traîtres , il n'est plus temps de tromper ma justice ;
Licteurs, vengez les lois , qu'on les traîne au supplice.
LENTULUS
Va , le trépas n'est rien ; le recevoir de toi ,
Voilà le seul affront qui rejaillit sur moi ;
Mais tremble en le donnant , tremble de rendre compte
Du sang patricien que tu couvres de honte :
Tu pourras payer cher l'orgueil de le verser,
Et c'est ton propre arrêt que j'entends prononcer.
CÉTHÉGUS
Tu crois notre entreprise à tes yeux découverte , Tu ne la connais pas : elle assure ta perte. Tant de braves Romains ouvertement armés Pour deux hommes de moins ne sont point alarmés. Crois-moi , de tels desseins , des coups si redoutables Dont le moindre eût suffi pour perdre tes semblables, Conservent quelque force et peuvent l'arrêter. Souverain d'un moment, tu peux en profiter. Hàte-toi , Cicéron , Catilina nous venge; Notre sort va finir, mais déjà le tien change.
CICÉROW.
Oui , traîtres, le destin peut être encor douteux ; Mais sans en être instruits , vous périrez tous deux !
(On les emmène.,)