‹ Théâtre de VoltaireChapitre 238 sur 339 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

CIGÉRON , licteurs , LENTULUS et CÉTHÉGUS enchaînés.

CICÉRON, aux soldats.

Allez de tous côtés , poursuivez ces pervers ,

Et qu'en ce moment même on les charge de fers !

Sénat, tu m'as remis les rênes de l'empire,

Je les tiens pour un jour, ce jour peut me suffire ;

Je vengerai l'état , je vengerai la loi ;

Sénat , tu seras libre , et même malgré toi.

Rome, reçois ici tes premiers sacrifices.

Vous, de Gatilina détestables complices ,

Dont la rage en mon sein brûlait de s'assouvir,

D'autant plus criminels qne vous vouliez servir,

Qu'étant nés dans le rang des maîtres de la terre,"

Vos odieuses mains , dans cette infâme guerre ,

Ne versaient notre sang que pour mieux cimenter

Le trône où votre égal était prêt de monter ;

Traîtres , il n'est plus temps de tromper ma justice ;

Licteurs, vengez les lois , qu'on les traîne au supplice.

LENTULUS

Va , le trépas n'est rien ; le recevoir de toi ,

Voilà le seul affront qui rejaillit sur moi ;

Mais tremble en le donnant , tremble de rendre compte

Du sang patricien que tu couvres de honte :

Tu pourras payer cher l'orgueil de le verser,

Et c'est ton propre arrêt que j'entends prononcer.

CÉTHÉGUS

Tu crois notre entreprise à tes yeux découverte , Tu ne la connais pas : elle assure ta perte. Tant de braves Romains ouvertement armés Pour deux hommes de moins ne sont point alarmés. Crois-moi , de tels desseins , des coups si redoutables Dont le moindre eût suffi pour perdre tes semblables, Conservent quelque force et peuvent l'arrêter. Souverain d'un moment, tu peux en profiter. Hàte-toi , Cicéron , Catilina nous venge; Notre sort va finir, mais déjà le tien change.

CICÉROW.

Oui , traîtres, le destin peut être encor douteux ; Mais sans en être instruits , vous périrez tous deux !

(On les emmène.,)

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