GENGIS, IDAMÉ
IDAMÉ
Quoi! vous voulez jouir encor de mon effroi ? Ah! seigneur, épargnez une femme, une mère: Ne rougissez-vous pas d'accabler ma misère?
GEN GIS
Cessez à vos frayeurs de vous abandonner:
Votre époux peut se rendre, on peut lui pardonner;
J'ai déjà suspendu l'effet de ma vengeance,
Et mon cœur pour vous seule a connu la clémence.
Peut-être ce n'est pas sans un ordre des cieux
Que mes prospérités m'ont conduit à vos yeux :
Peut-être le destin voulut vous faire naître
Pour fléchir un vainqueur, pour captiver un maître,
Pour adoucir en moi cette âpre dureté
Des climats oîi mon sort en naissant m'a jeté.
Vous m'entendez, je règne, et vous pourriez reprendre
Un pouvoir que sur moi vous deviez peu prétendre.
Le divorce, en un mot, par mes lois est permis ;
Et le vainqueur du monde à vous seule est soumis.
S'il vous fut odieux, le trône a quelques charmes;
Et le bandeau des rois peut essuyer des larmes11.
VCIJ 1\. SCÈNE IV. 4 55
L'intérêt de l'état et de vos citoyens
Vous presse autant que moi de former ces liens. Ce langage, sans doute, a de quoi vous surprendre : Sur les débris fumants des trônes mis en cendre. Le destructeur des rois dans la poudre oubliés Semblait n'être plus fait pour se voir à vos pieds: Mais sachez qu'en ces lieux votre foi fut trompée; Par un rival indigne elle fut usurpée:
Vous la devez, madame, au vainqueur des humains; Témugin vient à vous vingt sceptres dans les mains. Vous baissez vos regards, et je ne puis comprendre Dans vos veux interdits ce que je dois attendre: Oubliez mon pouvoir, oubliez ma fierté.
Pesez vos intérêts, parlez en liberté.
I D AMÉ
A tant de changements tour à tour condamnée. Je ne le cèle point, vous m'avez étonnée: Je vais, si je le puis, reprendre mes esprits; Et. quand je repondrai, vous serez plus surpris. Il vous souvient du temps et de la vie obscure Où le ciel enfermait votre grandeur future; L effroi des nations n'était que Témugin ; L'univers n'était pas, seigneur, en votre main : Elle était pure alors, et me fut présentée: Apprenez qu'en ce temps je L'aurais acceptée.
&ENGIS
Ciel ! que m'avez-vous dit? 6 ciel ! vous m'aimeriez! Vous!
J'ai dit que ces vœux, que vous me présentiez, N'auraient point révolte mon ame assujettie.
/j56 l'orphelin de la chine.
Si les sages mortels a qui j'ai dû la vie N'avaient fait à mon cœur un contraire devoir. De nos parents sur nous vous savez le pouvoir: Du dieu que nous servons ils sont la vive image; Nous leur obéissons en tout temps, en tout âge. Cet empire détruit, qui dut être immortel, Seigneur, était fondé sur le droit paternel, Sur la foi de l'hymen, sur l'honneur, la justice, Le respect des serments; et, s'il faut qu'il périsse, Si le sort l'abandonne à vos heureux forfaits, L'esprit qui l'anima ne périra jamais.
Vos destins sont changés ; mais le mien ne peut l'être.
GENG1S.
Quoi! yous m'auriez aimé!
ID A ME
C'est à vous de connaître Que ce serait encore une raison de plus Pour n'attendre de moi qu'un éternel refus. Mon hymen est un nœud formé par le ciel même: Mon époux m'est sacré : je dirai plus, je l'aime. Je le préfère a vous, au trône, à vos grandeurs. Pardonnez mon aveu; mais respectez nos mœurs. Ne pensez pas non plus que je mette ma gloire A remporter sur vous cette illustre vietoire, À braver un vainqueur, à tirer vanité De ces justes refus qui ne m'ont point coûté: Je remplis mon devoir, et je me rends justice; Je ne fais point valoir un pareil sacrifice. Portez ailleurs les dons que vous me proposez, Détachez-vous d'un cœur qui les a méprisés; Et, puisqu'il faut toujours qu'Idamé vous implore*